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Les nouvelles fractures numériques: le filtrage et les bulles hyperpersonalisées menaçant la démocratie

ObservationsEst-ce qu’au lieu de relier les humains entre eux, les technologies numériques pourraient, au contraire, les isoler les uns des autres? La personnalisation des services offerts sur web peut-elle produire des ghettos? Peut-elle menacer la démocratie elle-même? Ce sont des dangers qu’a soulevé Eli Pariser, président de MoveOn.org, le 3 juin 2010 au cours du dernier Personal Democracy Forum.

Ethan Zuckerman rapporte ses propos. Tout d’abord, l’exemple d’une conférence personnalisée :

« Imaginons que nous nous présentions à un évènement comme le Personal Democracy Forum, et avions été triés sur la base du sexe, de l’âge, de l’idéologie politique, de la ville natale. Très vite, nous serions tous assis dans de petites pièces, tout seuls. Imaginons que les orateurs aient ensuite offert des présentations personnalisées, en ajoutant des explosions pour le jeune auditeur mâle, par exemple. “Vous préfèreriez probablement mieux votre version personnelle… mais ce serait pour moi la mauvaise chose à faire.” Cela desservirait la raison d’être même d’une conférence — nous n’avons plus de tronc commun de discours que nous pourrions discuter ensemble dans les couloirs. »

« Google utilise 57 indices disponibles pour personnaliser le web pour vous, même lorsque vous n’êtes pas connecté (avec votre nom d’usager). En conséquence, les résultats que vous obtenez sur une recherche Google peuvent devenir très différents, même si des gens assez similaires effectuent la même recherche. Eli nous montre des captures d’écran d’une recherche pour “BP” menée par deux jeunes femmes, vivant toutes deux dans le nord-est des États-Unis. Elles obtiennent des résultats très différents… une série se concentre sur les questions d’affaires et ne présente pas de lien sur le déversement de pétrole dans les trois premiers, tandis que l’autre le fait. Une utilisatrice a obtenu 141 millions de résultats, tandis que l’autre, 180 millions. Imaginez combien dissemblables ces résultats pourraient être pour des utilisateurs véritablement différents entre eux. »

Revenons un moment sur la personnalisation. Il s’agit de la création automatique de pages web adaptées aux intérêts particuliers d’un internaute à partir de différents indices qu’il a explicitement fournis par lui-même ou qui ont été observés à travers par son utilisation du web. Il s’agit donc bien de produire votre profil individuel d’internaute à partir d’informations personnelles que vous produisez vous-mêmes à votre sujet ou déduites à partir de vos gestes numériques. Le cas typique est la librairie en ligne qui va vous proposer des suggestions de livres susceptibles de vous intéresser à partir de votre profil de furetage et celui de milliers d’autres consommateurs semblables à vous-mêmes. L’affirmation type étant : « Les acheteurs de ce livre-ci ont souvent aussi acheté ceux-là. »

Sauf que Pariser parle ici de la personnalisation de notre rapport au monde autour de nous. Ainsi, Zuckerman et Marcia Stepanek rapportent que Pariser a affirmé rencontrer de sérieuses difficultés à ajouter des personnes d’opinions conservatrices à son cercle de contacts Facebook ainsi qu’à pouvoir suivre ceux-ci. Facebook constatant qu’il s’intéresse à Lady Gaga et à des idées progressistes aurait personnalisé son expérience en bloquant les liens vers des personnes aux idées conservatrices.

Personer appelle ce type particulier de chambre à échos : « filter bubble », disons « bulle hyperpersonnalisée » en français. Selon lui, plus les filtres deviennent performants, moins vous risquez d’être exposé à la nouveauté, à l’imprévu ou au dérangeant.

Selon Pariser, ces bulles ont trois caractéristiques :

1— Le degré de personnalisation est très élevé. Vous ne faites plus partie des milliers de lecteurs d’une revue comme la revue progressiste The Nation: vous êtes seul membre de votre bulle particulière.

2— Cette bulle est invisible. Google ne vous informe pas qu’il vous crée une bulle personnalisée. Vous n’en connaissez donc pas l’existence, encore moins les implications.

3— Vous ne choisissez pas ce filtrage. C’est plutôt celui-ci qui vous choisit. Ce n’est donc pas vous qui décidez, mais autrui.

Pour Pariser, ce type de filtrage « est peut-être bon pour les consommateurs, mais mauvais pour la démocratie ». « Nous devrions commencer à nous interroger sur la valeur de ces mécanismes de filtrage et chercher à reprendre le pouvoir de prendre ces décisions par nous-mêmes. »



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