Critique du recensementVivre entre les lignesNotesObservations

Les conservateurs canadiens bataillent sur le recensement… étatsunien

ObservationsJ’ai écrit en juillet que la décision du gouvernement conservateur d’abolir le caractère obligatoire du formulaire long du recensement provenait probablement d’une observation des controverses autour du récent recensement étatsunien ainsi que sur les possibles risques et opportunités politiques de leur transposition ici au Canada.

La suite des déclarations subséquentes des conservateurs a amplement démontré que la rationalité de leur décision relevait plus du calcul partisan que de la rationalité administrative ou du respect des droits des citoyens. Aujourd’hui, l’opposition libérale dépose un projet de loi pour rendre obligatoire le formulaire long, toujours sous peine d’amendes, mais sans peine de prison. Comme si l’opposition aux Communes suivait aveuglement le rôle qui lui avait été attribué dans un des scénarios possibles envisagés par les conservateurs.

Cependant, l’inspiration étatsunienne de la stratégie et du discours à l’appui n’a jamais été aussi clairement mise au jour que par les déclarations du ministre Tony Clement mardi dernier. Jennifer Ditchburn de La Presse canadienne rapporte que, selon Clément, les recenseurs pourraient déjouer le système et faire main basse sur les informations personnelles des Canadiens. Même si Statistique Canada a des politiques claires, « certains recenseurs sont recrutés dans le même voisinage que les répondants ». Cela signifie, selon M. Clement, que « votre voisin peut connaitre certaines de vos informations les plus personnelles et les plus intimes ».

Or, le ministre décrit ici la situation existant aux États-Unis où, constitution oblige, le recensement doit être obligatoirement conduit par des recenseurs. Au Canada, le recensement est autoadministré depuis… 1971. L’une des raisons de l’abandon des recenseurs était précisément liée à une question de respect de la vie privée. Il s’agissait moins d’éviter le risque d’espionnage, que de réduire le caractère intrusif et intimidant d’une visite par un possible voisin et donc les biais découlant de l’hésitation à répondre franchement aux questions, voire à répondre tout court. D’ailleurs Statistiques Canada a comme politique, pour les rappels de suivis téléphoniques, à recourir à des recenseurs qui ne doivent pas être de la région du citoyen contacté.

Bref, le jupon dépasse. Les derniers arguments de Clement sont clairement une importation copier-coller étatsunienne n’ayant aucune pertinence dans le contexte canadien. Une erreur si grossière n’aurait pas eu lieu si la décision conservatrice avait été prise sur la base d’une analyse des besoins d’amélioration du recensement canadien. D’ailleurs, si on avait voulu améliorer le recensement, on aurait amendé le formulaire long plutôt que passer l’été à en dénigrer les questions qu’il contient, et même celles qu’il ne contient pas…



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