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OpenIDEO: modèle ouvert, participatif, mondial pour l’élaboration de concepts d’innovations sociales

En marge du #GouvCamp

Ce mercredi 22 février, je participerai au premier GouvCamp à Québec. Mon intérêt est double.

Tout d’abord, je crois qu’il serait grand temps qu’on mette enfin en place des conditions assurant, minimalement, que les investissements en systèmes et applications numériques des services de l’État aux citoyens soient les plus pertinents, adéquats, économiques, souples et durables que possibles.

Ensuite que je crois aussi que lorsque designs et codes font loi s’imposant aux citoyens, les décisions relatives à ces dispositifs publics doivent être prises selon une logique démocratique impliquant les populations et citoyens concernés plutôt que des logiques technocratique, marchande ou partisane.

En pratique, ces deux questions sont liées. Et pour toutes deux, la solution passe par des démarches participatives de conception de systèmes et d’applications dont je vais traiter d’un modèle ici. Leur solution passe aussi par un accès à une expertise publique indépendante, qu’elle soit gouvernementale (par exemple, l’Institut national d’excellence en santé et en services sociaux (INESSS) qui évalue les technologies et modes d’intervention), universitaire ou citoyenne (comme le projet d’observatoire citoyen Monde numérique et démocratie): un sujet dont il me faudra discuter bientôt.

Le modèle OpenIDEO

Récemment, la collègue Catherine Roy signalait la tenue d’une consultation sur Comment pourrions-nous concevoir une expérience électorale accessible à tous? parrainée par la Information Technology and Innovation Foundation. Cette consultation se tient actuellement sur la plateforme OpenIDEO, un projet à but non lucratif de la firme-conseil internationale en design IDEO. La mission d’OpenIDEO est de trouver des solutions à des défis sociaux majeurs grâce à une plateforme de collaboration entre des contributeurs de partout à travers la planète.

Même si OpenIDEO est un projet récent lancé en aout 2010, la courte liste des consultations réalisées ou en cours est déjà impressionnante. Outre celle en cours sur l’accès au vote, notons :

Autant un individu qu’une organisation peuvent soumettre un défi. Selon sa nature, OpenIDEO peut demander une contribution du parrain pour la tenue de la consultation. Le processus est en sept phases:

  • intuitions (remue-méninges);
  • élaboration de certains des concepts;
  • ballotage;
  • raffinement des concepts retenus en fonction de critères identifiés lors des phases précédentes;
  • évaluation;
  • choix des concepts gagnants;
  • réalisation des concepts.

Aucune des questions à résoudre n’est simple comme l’illustre la liste ci-haut. Pourtant, la démarche semble réussir à générer des concepts prometteurs en peu de temps (aussi peu que deux mois). Prenons l’exemple d’une consultation complétée, celle d’Amnesty Internationale. Neuf (9) projets ont gagné le défi sur les 16 concepts retenus pour raffinement et évaluation à partir de 165 propositions élaborées, puis mises en ballotage alors qu’au départ 321 intuitions furent lancées lors du remue-méninge. Ces neuf concepts gagnants sont très différents. Ils sont en fait complémentaires: des outils de préparation des dissidents à l’éventualité d’une arrestation; un système de protection des informations numériques sensibles utilisant des outils existants comme le réseau social Diaspora; d’autres outils facilitant la détection rapide d’une disparition ou d’une arrestation; des outils de réseautage pour les familles et autres soutiens des personnes arrêtées ou disparues; une application mobile pour l’information et la mobilisation du grand public. La plupart sont des concepts relativement légers et aisés à réaliser.

Il faut voir comment cette approche est radicalement différente de ce qu’on pratique encore généralement dans les services publics.

Le rapport entre fins et moyens

La consultation sur le vote ne part pas d’une solution ou d’un type de solutions préétablis. On ne pose pas, par exemple, la question Faut-il adopter le vote électronique ? comme on l’a fait, par exemple, au Québec lors de la première consultation Gautrin en 2004. La démarche est l’antithèse de la solution à la recherche d’un problème à résoudre. Au contraire, on part d’une question très générale correspondant à une problématique souvent complexe. C’est la finalité (augmenter la participation au vote) qui structure la démarche, pas un type de moyens prédéfini.

Bouquet de solutions plutôt que LA solution définitive

Il n’est pas question non plus de rechercher LA solution totale et définitive qui résoudra à elle seule la problématique. Le grand truc. L’application phare. Au contraire, on va délibérément provoquer l’exploration de centaines de pistes en vue de retenir un ensemble de solutions qui, ensemble, répondront relativement bien aux multiples dimensions de la problématique.

Pas nécessairement un recours à des outils techniques

Les solutions ne passeront pas nécessairement par le recours à la technologie. Il peut s’agir d’innovations organisationnelles, administratives ou sociales. Cependant, il est clair que dans une société de plus en plus informatisée où la coordination passe par le partage et le traitement d’informations, les probabilités de recours aux technologies numériques sont grandes de toute façon.

Technologie mondiale plutôt que « de classe mondiale »

Nous avons ici un facteur déterminant. Nos élus ainsi que nos dirigeants d’organismes publics et d’entreprises aiment bien pouvoir bien paraitre dans les forums mondiaux du G8 ou du G20. Ils ont donc un faible pour les technologies de pointe. La technologie « de classe mondiale ». L’État a clairement un rôle en matière de développement technologique de pointe, mais à travers la recherche fondamentale et la recherche-développement pré-compétitive.

L’Administration publique doit, au contraire, se méfier des technologies de pointe. Elle est là pour offrir les meilleurs services, pas pour satisfaire les lubies des dirigeants, des technocrates, des personnels techniques et des fournisseurs. Elle n’a pas non plus un rôle de développement industriel. Elle doit plutôt signaler à l’industrie quels sont ses besoins et ceux des populations qu’elle dessert le plus clairement possibles. Elle doit privilégier les solutions simples, éprouvées et économiques. Dans certains cas, ces solutions pourraient recourir à des technologies de pointe. Souvent, non.

Les consultations OpenIDEO cherchent des solutions applicables mondialement. Souvent, une solution utilisable au cœur de l’Afrique ou en région isolée au Québec pourra être utilisée fiablement dans un grand centre bien desservi sur le plan technologique. L’inverse est moins sûr.

Une démarche ouverte, participative, démocratique

OpenIDEO, cette plateforme ouverte de collaboration internationale visant à résoudre de grands problèmes sociaux constitue seulement un autre exemple de comment la démocratisation de la recherche de solutions peut aboutir à des réponses pertinentes, adéquates, économiques, souples et durables.

Une démarche ascendante faisant participer des spécialistes de tous horizons et toutes disciplines, des personnels oeuvrant directement dans les services et de membres des populations bénéficiant des mêmes services aura en effet de plus grandes chances de générer des solutions capables de répondre adéquatement à une grande variété de situations rencontrées sur le terrain, des solutions aisément acceptables et appropriables par les acteurs.

Conditions nécessaires, non suffisantes

Il faut cependant ne pas croire que la démarche illustrée ici est une recette suffisante au succès.

La réalisation des concepts identifiés requiert des démarches de mises à l’épreuve, de consultation et d’évaluation qui assurent l’adéquation des solutions à la grande variété des situations individuelles.

En outre, lorsque l’usage de la solution doit être imposé ou qu’on se retrouve en situation de monopole, il faut arrimer les prises de décisions relatives à la solution avec les institutions de délibération démocratique existantes avec leurs acteurs propres (élus, citoyens, organisations de la société civile, médias).

Nous y reviendrons.


While OpenIDEO is still a recent project launched in August 2010, the short list of completed or on-going consultations is already impressive. Besides the ongoing access to voting one, we find:

An individual or an organization may submit a challenge. According to its nature, OpenIDEO may request a contribution form the sponsor for conducting the consultation. The process has seven phases:

  • inspiration (brainstorming);
  • concepting (development of a number of concepts);
  • applause (vote on concepts);
  • refinement (of the remaining concepts based on criteria identified in previous phases);
  • evaluation;
  • choice of winning concepts;
  • realisation of the concepts.

None of the issues to be resolved is simple as seen in the sample above. However, it seems to succeed in generating promising concepts in quite a short time (as little as two months). For example, let us look to a completed consultation, that of Amnesty International. Nine (9) projects won the challenge out of the 16 concepts selected for evaluation and refinement from 165 proposals developed and voted on from the 321 ideas that emerge during the initial brainstorming. The nine winning concepts are quite different. They are in fact complementary to one another: tools for dissidents in preparation of a possible arrest, a system for protecting their sensitive digital information using existing tools such as Diaspora social network; other tools to facilitate the rapid detection of a disappearance or arrest; networking tools for families and other supporters of those arrested or disappeared, a mobile application for information and mobilizing the general public. Most concepts are relatively light and easy to develop.

One must see how this approach is radically different from what we still practice generally in public services.

The relationship between means and ends

The consultation on the voting does not start from a solution or a type of pre-established solutions. It does not ask question such as Must we adopt electronic voting? as has been done, for example, in Quebec at the first Gautrin e-government consultation in 2004. The approach is the antithesis of the solution seeking a problem to solve. Instead, it starts from a very general question corresponding to an often complex problem. It is the purpose (increasing voter turnout) that structures the process, not a type of predefined means.

Set of various solutions rather than THE total solution

There is no question of seeking the complete and final solution that alone will solve the whole problem. The big thing. The killer application. Instead, this approach deliberately calls for the exploration of hundreds of inspiration tracks to identify a set of solutions that, together, will fairly well answer the multiple dimensions of the problem.

Not necessarily the use of technical tools

The solutions will not necessarily require the use of technology. They could be organizational, administrative or social innovations. However, it is clear that in an increasingly computerized a society where coordination requires sharing and processing information, the probabilities that digital technologies might be used of are great anyway.

Global rather than « world class » technology

We have here a key factor. Our elected officials and our heads of government agencies and companies like to look good in world forums such as the G8 or the G20. So they have a soft spot for hi-tech. For « world class » technology. Clearly, the State has a role in developing advanced technology, but through fundamental research as well as pre-competitive research and development.

Public administration must, however, be cautious about technology. Public administration is there to provide the best services possible, not to satisfy the whims of leaders, technocrats, technical staff and suppliers. Its role is to help industrial development. Rather, it should clearly inform the industry about its actual needs and those of the populations it works for. It should focus on simple, proven and cost efficient solutions. In some cases, these solutions could use advanced technologies. Often not.

OpenIDEO consultations seek solutions that are workable worldwide. Often, a solution that can work in the heart of Africa or in some isolated areas in Quebec can be reliably used in a larger center with good access to technology. The reverse is not that much certain.

An open, participatory, democratic process

This OpenIDEO open platform for international collaboration to solve major social problems is just another example of how the democratization of the search for solutions can lead to answers relevant, adequate, economical, flexible and durable.

Bottom-up approaches involving specialists from all backgrounds and disciplines, staffs directly involved in providing services and members of the populations receiving the same services will be more likely to generate solutions that can adequately respond to a wide variety of situations encountered in the field, easily acceptable solutions likely to be used by actors involved.

Necessary conditions, but not sufficient ones

However, one must not believe that the approach illustrated here is sufficient recipe for success.

Actual development of the identified concepts requires other approaches for testing, consultation and assessment that ensure the adequacy of solutions to the wide variety of individual situations.

In addition, where use of the solution should be imposed or where you end up with some monopoly, we must secure that the decision-making about to the solution is aligned with existing democratic institutions of deliberation with their own actors (elected officials, citizens, civil society organizations, media).

We will discuss this another time.




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