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Projet « Par delà la vie privée » : Chapitre sur la réalité matérielle de l’information

Couverture provisoire du livre : Titre : « Vivre entre les lignes : la société de l'information à travers nos information personnelles » - Mentions : « Par delà la vie privée - Livre en chantier ouvert »

Ce billet porte sur le Projet « Par delà la vie privée » : VIVRE ENTRE LES LIGNES la société de l’information à travers nos informations personnelles.

Comme il s’agit d’un chantier de rédaction ouvert d’un livre de vulgarisation,

n’hésitez-pas à commenter !

Toute remarque aide à l’améliorer.

Chapitre de la Partie Un : Alignement : Objets appelés «informations»

La force du matériel

 

Les informations numériques sont des objets dont nous confions le maniement à des machines. Souvent microscopiques, ces informations et maniements peuvent alors nous être invisibles.
 

Plusieurs ont proclamé que nous assistions à une dématérialisation des activités humaines.

Dématérialisation de l’économie? Il est vrai que des parts croissantes de la production et du commerce consomment moins de matière et d’énergie. Une part se compose de services « intellectuels » : markéting, recherche et développement, conseils, formation. Une autre part porte sur des produits numériques qui peuvent être transportés électroniquement.

Dématérialisation de la monnaie? De la finance? Ou de l’information en général? Vrai aussi. Partout on remplace le papier par des supports électroniques performants.

Malheureusement, nombreux sont ceux qui ont cru qu’il s’agissait littéralement de dématérialisation. De disparition complète de matière. Une telle dématérialisation impliquerait que les informations soient des entités immatérielles. La gigantesque infrastructure d’internet serait une sorte de nuage intangible. Un cyberespace se développerait en un univers parallèle dont les propriétés échapperaient à celles du monde physique. Les législations des États y seraient pratiquement inapplicables. Les flux d’informations y seraient insensibles aux frontières nationales. Toute ambition de contrôler ces flux se révèlerait illusoire.

Or la réalité a vite infligé des démentis cuisants à ces croyances. Des États autoritaires filtrent les flux d’informations traversant leurs frontières. Certains contrôlent efficacement les informations auxquelles leurs citoyens accèdent. Plusieurs employeurs font de même envers leurs employés. Certains parents envers leurs propres enfants.

Malgré tout, le mythe de l’immatérialité des informations survit encore.

Microminiaturisation de l’information : Un caractère de 12 points a une surface d’un peu moins 18 millimètres carré. La même surface sur une mémoire Flash supporte 1 milliard de caractères. La même surface sur un disque optique de quatrième génération supporte 50 milliards de caractères.

Supports efficaces

D’un point de vue informatique, aucune disparition complète de matière n’est possible. Les avancées de l’ingénierie ne changent que les dimensions des supports physiques dont un mot résume toutes les formes : écrits (ou écritures).

Nous n’avons jamais cessé de produire, conserver et communiquer des écrits avec des quantités considérables d’atomes. Pendant des millénaires, nos écrits ont été macroscopiques. Inscriptions sur plaques d’argile, ardoise, papier, tissus. Ou sur disques de cire, vinyle ou polycarbonates. Aujourd’hui, ces supports sont de plus en plus microscopiques.

Nous avons aussi appris à écrire avec des électrons. D’abord pour communiquer : télégraphe, téléphone. Puis pour conserver sur des bandes, disques ou circuits magnétisables. Ensuite pour transformer les informations grâce à des tubes à vide, des semiconducteurs.

Nous avons aussi appris l’emploi des photons. Ceux des fréquences visibles, pour l’affichage sur grands écrans en salle, puis sur écrans de plus en plus petits. Ensuite pour les communiquer à distance (fibre et disque optiques). Les photons de fréquences plus basses nous servent aux transmissions sans fil (radio, télé, wifi, etc.). Ceux de fréquences plus hautes, les rayons X, à la production d’informations sur l’intérieur des corps.

Nous et nos machines ne pourrons manier que des objets physiques. Cependant, nous réduisons sans cesse la taille des informations et des machines. Les limites ultimes de la microminiaturisation nous seront imposées par les propriétés mêmes de la matière.

Évolution réelle : la matérialisation

Un regard informatique ou anthropologique attentif révèle plutôt une matérialisation croissante de nos rapports humains. Nos interactions impliquent de plus en plus d’objets physiques de trois types :

  • informations, sur nous ou le monde qui nous entoure;
  • machines, pour produire, conserver, communiquer et traiter ces informations; et
  • programmes, autres sortes d’écrits servant à dicter aux machines leurs instructions.

Cette matérialisation de nos interactions a plusieurs conséquences qui seront discutées à travers ce livre.

La conséquence la plus immédiate est que la présence de ces objets devrait faciliter la reconnaissance de nos rapports interpersonnels.

Imaginez que vous vous rendez à l’hôpital pour une urgence mineure.

L’infirmière au triage prend aussitôt des notes sur votre condition. Ces notes supportent manifestement une relation de soins entre patient et professionnelle de la santé.

Puis, l’infirmière vous demande votre carte d’assurance et produit une facturette. Ces objets signalent que vous êtes désormais dans une relation d’assurance entre assuré, assureur et fournisseurs de soins. Toute infirmière qu’elle est, elle agit ici comme préposée administrative de l’hôpital.

Ces maniements d’informations révèlent que vous, comme l’infirmière, avez successivement joué deux rôles différents. Deux relations différentes ont aussi impliqué des acteurs différents.

Les échanges soutenant la première ont été plutôt informels et libres. Les gestes pour la seconde, standardisés et obligatoires. Manifestement, ces relations sont régies plus ou moins étroitement par des règles et des lois différentes.

La matérialisation accroit – et révèle – la capacité de contrôle sur nos relations. Elle accroit – et révèle – notre dépendance envers les informations et maniements qui supportent nos relations.

Or, rien ne prédétermine qui exercera quel type de contrôle envers qui. En conséquence, cette matérialisation multiplie – et révèle – les situations de conflit interpersonnel.

Cependant, la microminiaturisation complique la reconnaissance des rapports interpersonnels ainsi établis. Car la production et le maniement d’informations se déroulent de plus en plus dans le ventre de machines. Ils échappent alors à la perception directe de nos sens humains.

À moins que quelqu’un commande aux machines de nous les révéler…

But reality soon imposed stinging denials on these beliefs. Authoritarian States do filter the flows of information passing through borders. Some do effectively control their citizens’ access to information. Many employers do the same with their employees. Some parents with their children.

Nevertheless, the myth of the immateriality of information items still survives.

Microminiaturisation of information: A 12 point character has a surface of just under 18 square millimeters. The same area on Flash memory supports 1 billion characters. The same area on fourth generation optical disc supports 50 billion characters.

Effective material

From informatics’ stand point, no total disappearance of matter is possible. Engineering’s developments only change the dimensions of the physical media. And a single word can sum them all: writings.

We never ceased to produce, store and communicate writings with considerable quantities of atoms. For millennia, our writings were macroscopic. Markings on clay, slate, fabrics, or paper plates. Or on wax, vinyl, or polycarbonates discs. Now, the media are increasingly microscopic.

We also learned to write with electrons. First, to communicate: telegraph, telephone. Then, to preserve on magnetisable tapes, discs or circuits. Then, to transform information, thanks to vacuum tubes, semiconductors.

We also learned the use of photons. Those in visible frequencies, for displaying on large screens in halls, then on smaller and smaller screens. Later for communicating at a distance (optical fiber and disk). Photons in lower frequencies serve us for wireless transmissions (radio, TV, Wi-Fi, etc.). Those in higher frequency, X-rays, for production of information about the interior of bodies.

We and our machines will be able to handle physical objects only. However, we continually reduce the sizes of the information objects and of the machines. The ultimate limits to microminiaturization will be imposed by the very properties of matter itself.

Actual evolution: materialization

A close look from informatics’ or anthropology’s perspectives reveals rather a growing materialization of our human relationships. Our interactions increasingly involve physical objects of three types:

  • information items, about us or the world around us;
  • machines, to produce, store, communicate and process those information objects, and
    • programs, other kinds of writings to dictate to the machines their instructions.

This materialization of our interactions has several consequences that will be discussed throughout this book.

The most immediate consequence is that the presence of these objects should ease the acknowledgment of our interpersonal relationships.

Let us imagine that you get to the hospital for a minor emergency.

The triage nurse immediately takes notes about your condition. These notes obviously support a care relationship between patient and health professional.

Then, the nurse asks for your insurance card and produces a slip. These objects indicate that you are now in an insurance relationship between insured, insurer, and providers. As much as she is nurse, she acts in fact here as an administrative clerk for the hospital.

These handlings of information objects reveal that you, as well as the nurse, have successively played two different roles. Two different relationships have also involved different actors.

The exchanges supporting the first relationship were rather free and informal. The actions for the second were mandatory and standardized. Clearly, these relationships are more or less closely regulated by different rules and laws.

This materialization increases – and reveals – ability to control our relationships. It increases – and reveals – our dependence on the information objects and handlings which support our relationships.

But there is nothing that is predetermining who will get to exercise which kind of control over whose relationships. Consequently the materialization multiplies – and reveals – interpersonal conflict settings.

However, microminiaturization complicates the acknowledgment of the interpersonal relationships thus established. For the production and handling of information items more and more take place in the belly of machines. They then escape direct perception through our human senses.

Unless someone orders the machines to disclose them to us…



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