Notes de laboVivre entre les lignesNotesObservationsRéflexions

La vérité des informations personnelles comme indice de moralité sociale?

ObservationsLe niveau d’exactitude des informations personnelles peut-il être un indice de la justesse morale du système social dans lequel ces informations sont utilisées?

Cette question m’est venue alors que j’effectuais de travaux de rénovation à la maison en écoutant l’émission Tapestry (CBC One). Cette semaine, Mary Hynes recevait Sam Harris en marge de la publication de son livre The Moral Landscape: How Science Can Determine Human Values (l’horizon moral : comment la science peut déterminer les valeurs humaines). Une entrevue étonnamment courte compte tenu de la prédilection de l’émission à consacrer toute l’heure à un seul personnage ou sujet. En écoutant Harris, on comprend. Il propose certes une thèse convaincante à propos de la capacité de la science à éclairer une question morale, voire même à trancher entre ce qui est bien et mal. Cependant, la hargne de ses attaques contre les religions agace vite, affaiblissant d’autant sa démonstration.

Reste que, par exemple, la neuroscience peut constater objectivement grâce au scanneur et à analyse hormonale que, règle générale, une action altruiste fait du bien aux êtres humains qui la posent comme à ceux qui la reçoivent. Elle constate tout aussi exactement l’effet inverse d’une action égoïste, et que c’est encore pire pour une action malfaisante. Beaucoup de développements en biologie, en éthologie et ethnologie ainsi qu’en psychologie et sociologie offrent effectivement un éclairage de plus en plus révélateur sur diverses questions morales. Comme le souligne Harris, la science offre ici l’avantage de transcender les cultures, les religions et les systèmes moraux particuliers du fait du caractère démontrable et universel de ses conclusions.

Quel rapport avec la qualité des informations personnelles? La réponse courte est que, d’une part, la science est dépendante de la qualité de ses données et que cette qualité dépend souvent de la volonté ou capacité des humains à dire la vérité. Or d’autre part, le niveau de véracité des informations fournies est mesurable… scientifiquement.

La réponse anecdotique tient à deux observations récentes sur la nécessité de… mentir. (suite…)

Critique du recensement

Critique of Canadian census : Introduction

Le gouvernement conservateur a décidé que lors du recensement canadien de 2011, la réponse au questionnaire long ne serait plus obligatoire, mais volontaire. Cette décision a provoqué une nette polarisation entre les farouchement pour ou contre.

Le présent carnet de notes, Critique du recensement, tente une exploration critique ouverte des nombreuses questions techniques, sociales, légales et éthiques que soulève une telle opération de production d’informations sur un pays et sa population. Au fil des semaines et de l’actualité, de nouvelles questions seront formulées. Pour chacune d’entre elles, les réponses obtenues seront publiées, puis synthétisées.

(suite…)

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Un professionnel des méthodes quantitatives nous répond…

Débats - DebatesVoici une réponse reçue à l’article précédent de la part d’un professionnel qui m’a écrit, mais ne souhaite cependant pas être identifié pour l’instant:

Un professionnel des méthodes quantitatives

L’idée qu’un échantillon volontaire diminue la fiabilité et la validité des données est un fait aussi accepté aujourd’hui que l’idée que la terre est ronde. […] Il y a de nombreux articles qui portent sur l’ampleur du biais, sur ses raisons, sur les façons que l’on tente, tant bien que mal, de contourner ces biais, etc. Mais on ne réussit jamais vraiment à contourner.

[Quant à la conclusion du juge Boivin] Je n’ai pas lu les arguments en faveur d’un questionnaire volontaire et comment ils pensent pouvoir éviter les biais échantillonnaux. Bien sûr qu’il y a une incertitude quant au degré de fiabilité des données de l’ENM, puisqu’on n’a jamais fait un tel exercice auparavant. Il y a une certitude quant au fait que les données seront biaisées, mais il est difficile de prévoir à l’avance l’ampleur et la nature de ce biais.

Augmenter le nombre de questionnaires longs ne changera rien au biais, et rien ne nous permet de croire qu’une campagne publicitaire permettre de corriger le biais. La campagne pourrait très bien l’accentuer (surtout si elle est faite uniquement dans les deux langues officielles). (suite…)

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Questions aux statisticiens et spécialistes des méthodes quantitatives relativement à la fiabilité d’un recensement volontaire

En marge de la décision sur la requête de la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada

ObservationsLe juge Richard Boivin de la Cour fédérale a entendu des preuves et des témoignages présentés au soutien et en opposition à l’Enquête nationale auprès des ménages (ENM) qui, à participation volontaire, remplace l’ancien formulaire long du recensement qui était obligatoire sous peine d’amende et même de prison. Le juge a conclu, cette semaine, « qu’il existe une incertitude quant au degré de fiabilité des données qui émaneront de l’ENM »… sauf que la Cour « n’est pas convaincue que les données de l’ENM ne seront pas fiables au point qu’elles seront inutilisables ».

Rappelons que le gouvernement conservateur a décidé de soustraire le questionnaire long du cadre légal obligatoire du recensement canadien pour le rendre volontaire. Pour compenser une éventuelle baisse de participation, il a prévu une augmentation de quelque 50 % du nombre de questionnaires longs (de 3 à 4,5 millions de ménages au cout additionnel de 30 millions de dollars) ainsi qu’une campagne de publicité incitative.

De nombreux statisticiens, démographes et chercheurs ont dénoncé cette décision. Selon eux, le volontariat entrainerait une diminution significative de la participation, notamment dans certaines portions de la population (plus pauvres, moins scolarisées, de certaines origines ethniques). Le résultat serait des données moins représentatives et biaisées qui déformeraient donc les portraits démographiques du pays, des régions et des communautés locales. Cependant, outre ces affirmations générales, les interventions publiques dans les médias n’ont jusqu’ici rapporté aucune démonstration statistique à l’appui. La conclusion du juge Boivin semble conforter cette perception.

Je fais donc ici un appel aux statisticiens et aux spécialistes des méthodes quantitatives afin de mieux préciser certains éléments clés du débat. (suite…)

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Les conservateurs canadiens bataillent sur le recensement… étatsunien

ObservationsJ’ai écrit en juillet que la décision du gouvernement conservateur d’abolir le caractère obligatoire du formulaire long du recensement provenait probablement d’une observation des controverses autour du récent recensement étatsunien ainsi que sur les possibles risques et opportunités politiques de leur transposition ici au Canada.

La suite des déclarations subséquentes des conservateurs a amplement démontré que la rationalité de leur décision relevait plus du calcul partisan que de la rationalité administrative ou du respect des droits des citoyens. Aujourd’hui, l’opposition libérale dépose un projet de loi pour rendre obligatoire le formulaire long, toujours sous peine d’amendes, mais sans peine de prison. Comme si l’opposition aux Communes suivait aveuglement le rôle qui lui avait été attribué dans un des scénarios possibles envisagés par les conservateurs.

Cependant, l’inspiration étatsunienne de la stratégie et du discours à l’appui n’a jamais été aussi clairement mise au jour que par les déclarations du ministre Tony Clement mardi dernier. Jennifer Ditchburn de La Presse canadienne rapporte que, selon Clément, les recenseurs pourraient déjouer le système et faire main basse sur les informations personnelles des Canadiens. Même si Statistique Canada a des politiques claires, « certains recenseurs sont recrutés dans le même voisinage que les répondants ». Cela signifie, selon M. Clement, que « votre voisin peut connaitre certaines de vos informations les plus personnelles et les plus intimes ».

Or, le ministre décrit ici la situation existant aux États-Unis où, constitution oblige, le recensement doit être obligatoirement conduit par des recenseurs. Au Canada, le recensement est autoadministré depuis… 1971. L’une des raisons de l’abandon des recenseurs était précisément liée à une question de respect de la vie privée. Il s’agissait moins d’éviter le risque d’espionnage, que de réduire le caractère intrusif et intimidant d’une visite par un possible voisin et donc les biais découlant de l’hésitation à répondre franchement aux questions, voire à répondre tout court. D’ailleurs Statistiques Canada a comme politique, pour les rappels de suivis téléphoniques, à recourir à des recenseurs qui ne doivent pas être de la région du citoyen contacté.

Bref, le jupon dépasse. Les derniers arguments de Clement sont clairement une importation copier-coller étatsunienne n’ayant aucune pertinence dans le contexte canadien. Une erreur si grossière n’aurait pas eu lieu si la décision conservatrice avait été prise sur la base d’une analyse des besoins d’amélioration du recensement canadien. D’ailleurs, si on avait voulu améliorer le recensement, on aurait amendé le formulaire long plutôt que passer l’été à en dénigrer les questions qu’il contient, et même celles qu’il ne contient pas…

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Réveil du citoyen sujet de l’information?

En marge des controverses sur le recensement, Facebook et autres

ObservationsSamedi, je faisais le ménage en écoutant une conférence de la sociologue Saskia Sassen sur l’évolution du concept de citoyenneté à l’heure de la mondialisation enregistrée pour l’émission Big Ideas (mp3, vidéo). L’essentiel de cette conférence portait sur les multiples microchangements que la mondialisation provoque dans la définition et le vécu de la citoyenneté (ou sur la subjectivité politique, en d’autres mots).

Sassen nous rappelle que même si nous avons tendance à vivre la citoyenneté comme une condition constituant un tout, en fait cette citoyenneté est la réunion de multiples composantes. Au cœur de la citoyenneté, il existe un faisceau de droits formels reconnus par l’État. Cependant, il y a aussi autour de nombreux autres éléments de nature sociale qui ne découlent pas nécessairement de notre relation à l’État (tel l’environnement physique de la ville vs la campagne). Il est donc possible de disséquer le concept de citoyenneté de manière à étudier comment chacun de ces éléments émerge, change et disparait; et donc comment l’idée de citoyenneté évolue en conséquence.

Cette idée m’a ramené à celle de l’éveil citoyen du sujet de l’information. Un thème qui correspond à un souhait que j’exprimais déjà en 1988 dans ma contribution au livre Les droits de la personne au Canada: dans les années 1990 et au-delà.[1] La conférence de Sassen m’interpelait : assisterions-nous actuellement aussi à ce microchangement historique de l’incorporation du statut de sujet de l’information dans la conscience du citoyen contemporain? (suite…)

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Recensement 2011 : Le théâtre des peurs

Connaissez-vous quelqu’un qui aurait complété le recensement par crainte de peine d’amende ou prison pour non-réponse ? Non ? Quelqu’un qui ne l’ayant pas complété aurait eu cette crainte ? Non plus ? Alors, posons la question: de quoi le gouvernement Harper a-t-il peur, lui ?

La décision de soustraire le questionnaire long du cadre légal obligatoire du recensement pour le rendre volontaire a engendré des craintes réelles. Les milieux scientifiques, d’affaires et municipaux craignent un affaiblissement de la fiabilité des données nécessaires à leurs travaux et décisions stratégiques. Les organisations de francophones hors Québec, de femmes et d’autres minorités, de ne plus disposer des chiffres sur lesquels fonder la défense de leurs droits et intérêts.

Cependant, l’accusation que les conservateurs ne veuillent plus recueillir des informations susceptibles de contredire leurs politiques colle mal. Premièrement, il s’agirait d’un jeu dangereux: les résultats biaisés d’un recensement bâclé pourraient les desservir. Deuxièmement, cette explication cadre mal avec une augmentation de 50 % du nombre de questionnaires longs (de 3 à 4,5 millions de ménages au cout additionnel de 30 millions de dollars) et une campagne de publicité incitative. Troisièmement, les pointilleuses pratiques de révision des programmes de ce gouvernement et, surtout, les stratégies de politique de division de l’électorat (wedge politics) du Parti conservateur requièrent des statistiques de références fiables. (suite…)

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