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OpenIDEO: modèle ouvert, participatif, mondial pour l’élaboration de concepts d’innovations sociales

En marge du #GouvCamp

Ce mercredi 22 février, je participerai au premier GouvCamp à Québec. Mon intérêt est double.

Tout d’abord, je crois qu’il serait grand temps qu’on mette enfin en place des conditions assurant, minimalement, que les investissements en systèmes et applications numériques des services de l’État aux citoyens soient les plus pertinents, adéquats, économiques, souples et durables que possibles.

Ensuite que je crois aussi que lorsque designs et codes font loi s’imposant aux citoyens, les décisions relatives à ces dispositifs publics doivent être prises selon une logique démocratique impliquant les populations et citoyens concernés plutôt que des logiques technocratique, marchande ou partisane.

En pratique, ces deux questions sont liées. Et pour toutes deux, la solution passe par des démarches participatives de conception de systèmes et d’applications dont je vais traiter d’un modèle ici. Leur solution passe aussi par un accès à une expertise publique indépendante, qu’elle soit gouvernementale (par exemple, l’Institut national d’excellence en santé et en services sociaux (INESSS) qui évalue les technologies et modes d’intervention), universitaire ou citoyenne (comme le projet d’observatoire citoyen Monde numérique et démocratie): un sujet dont il me faudra discuter bientôt.

Le modèle OpenIDEO

Récemment, la collègue Catherine Roy signalait la tenue d’une consultation sur Comment pourrions-nous concevoir une expérience électorale accessible à tous? parrainée par la Information Technology and Innovation Foundation. Cette consultation se tient actuellement sur la plateforme OpenIDEO, un projet à but non lucratif de la firme-conseil internationale en design IDEO. La mission d’OpenIDEO est de trouver des solutions à des défis sociaux majeurs grâce à une plateforme de collaboration entre des contributeurs de partout à travers la planète. (suite…)

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Autonomie, surveillance et démocratie : Quelques repères pour le XXIe siècle

Texte tiré de ma présentation au

Forum citoyen sur la surveillance des communications

organisé par le caucus québécois du Nouveau Parti Démocratique

Montréal, Maison Notman, le jeudi, 3 novembre 2011

Indépendamment du sort qu’aura le projet de loi appelé « Accès légal », la société de l’information continuera de se développer. Or, une société de l’information est,

nécessairement, une société de surveillance. D’où la question : quels rôles les parlements, gouvernements et sociétés civiles doivent-ils jouer pour, non pas seulement préserver les libertés et la démocratie, mais bien les renforcer?

Je propose – à gros traits en rafale vu le court temps alloué – quelques repères pour des défis auxquels le XXIe siècle nous soumet.

Vie sociale et surveillance

Idée no 1 : La surveillance est une composante indissociable de toute vie sociale.

Ceci est vrai de toutes les sociétés humaines, tout comme de nombreuses sociétés animales, et même végétales.

Idée no 2 : La surveillance prend de multiples formes entrainant des conséquences très différentes, voire opposées.

Je suis grand grand-père. J’ai évidemment surveillé mes enfants et petit-enfant. Or, les formes que prend cette surveillance peuvent conduire les enfants, soit vers de plus en plus d’autonomie; soit, au contraire, vers la dépendance et la soumission.

Voilà pourquoi, idée no 3 : Les concepts proposés par l’auteur Ivan Illich d’autonomie versus hétéronomie, de convivialité et de contreproductivité sont utiles à la présente discussion.

On peut appliquer ces concepts, par exemple, à un quartier urbain convivial qui cumule les fonctions d’habitation, travail, commerce et loisirs. Un tel quartier apparait sécuritaire parce que ses habitants, travailleurs, passants et oisifs s’offrent spontanément et gratuitement une surveillance mutuelle, constante et autonome.

Inversement, un quartier non convivial à fonction unique qui est déserté durant la nuit ou le jour apparait générer l’insécurité. Aucune couteuse surveillance par policiers, gardiens ou moyens électroniques ne réussira à produire de réelle sécurité. Et une telle surveillance augmentera probablement des formes hétéronomes de pouvoir sur les individus et la communauté.

D’où l’idée no 4 : Il importe de considérer les interrelations complexes entre les structures et conditions environnementales, physiques, sociales, techniques, d’une part; et les formes de surveillance que ces structures permettent ou non ainsi que leurs effets, d’autre part.

Les critères d’évaluation

Et donc, idée no 5 : Le respect des libertés constitue un critère d’évaluation nécessaire, mais totalement insuffisant (donc inefficace seul).

En outre, idée no 6 (déjà énoncée) : La société de l’information est nécessairement une société où la surveillance se généralise, augmente en puissance et en portée ainsi que se démocratise.

Illustrons ceci par une activité de surveillance qui, à la différence du projet de loi « Accès légal » sur le pouvoir de l’État sur les communications privées , est réalisée par des acteurs privés sur des communications publiques, à savoir : les transactions boursières à haute fréquence qui constituent quelque 60 % du volume des bourses nord-américaines. Cette surveillance implique l’usage d’ordinateurs qui, chaque microseconde, surveillent et analysent l’ensemble des transactions de la planète. Cette surveillance permet aux mêmes ordinateurs d’acheter des titres à un instant donné afin de les revendre quelques secondes plus tard avec profit. Les vitesses de surveillance, d’analyse et de décision sont si grandes que les opérateurs humains ne peuvent contrôler que les éventuelles manifestations de défaillances. Comme celles qui ont provoqué le Flash Crash du 6 mai 2010 où ces systèmes automatiques ont soudainement fait plonger l’indice Dow Jones de plusieurs centaines de points en quelques minutes.

Une telle capacité se démocratise. Rappelons qu’aujourd’hui un téléphone intelligent bas de gamme est déjà plus puissant que ces gros ordinateurs centraux dont, dans les années soixante, on pensait que seuls les États auraient les moyens de se les payer. Que la clientèle des logiciels d’exploration de données, nécessaires pour produire des résultats de la surveillance numérique, se divise grossièrement en quatre secteurs : académique (enseignement et recherche), commercial (markéting, R et D), renseignement policier et militaire, et ce qu’on appelle la société civile (organisations diverses et individus). Que des informations sur les comportements des individus et organisations n’ont jamais été produites en aussi grand nombre, ni n’ont jamais été aussi accessibles (prenons seulement l’abondance des informations personnelles diffusées via les media sociaux).

Certaines surveillances peuvent aisément être qualifiées de néfastes, comme celles sur les communications privées des citoyens ou sur leurs activités politiques légitimes. D’autres surveillances peuvent aisément être qualifiées de bénéfiques, comme celles portant sur qui finance les partis politiques et sur qui fait quel lobbying auprès de quels décideurs.

Cependant, idée no 7 : La majorité des activités surveillances qui vont émerger ne seront pas si aisément qualifiables : l’évaluation de leur nature et de leurs effets nécessiteront délibérations.

D’où l’idée no 8 : En nous s’inspirant d’une proposition des économistes Samuel Bowles et Herbert Gintis, nous pourrions énoncer que : toute surveillance doit être soumise à l’application des principes de libertés; mais que toute surveillance impliquant l’exercice d’un pouvoir social doit être soumise aussi à l’application des principes de démocratie.

Cela, peu importe, la nature publique ou privée des actes surveillés; ou l’identité étatique, commerciale ou civile des surveillants.

Logiquement, ces mêmes principes doivent également s’appliquer aux décisions relatives aux structures et conditions environnementales, physiques, sociales et techniques qui déterminent les formes que la surveillance peut ou non prendre. D’ailleurs, divers mouvements sociaux expriment la même revendication, qu’il s’agisse d’exploitation du gaz de shale ou d’activités de haute finance : l’obligation de subir l’action d’autrui appelle le droit de savoir et le droit d’avoir son mot à dire.

En guise de conclusion provisoire

Idée no 9 : Une telle démocratisation radicale appelle de profondes transformations juridiques, parlementaires et politiques des échelles locales jusqu’à l’échelle internationale.

De telles transformations pourraient d’ailleurs être facilitées par divers développements que pourraient prendre des sociétés de l’information.

Cependant, idée no 10: Les formes exactes que ces transformations devraient prendre demeurent encore à être définies.

Ici, notre situation actuelle est quelque peu similaire à celles des différents mouvements d’Indignés (tels OccupyWallStreet) qui identifient clairement en quoi des pratiques actuelles sont inacceptables sans pouvoir définir quels devraient être les options de rechanges. Cependant, il devient tout autant urgent de concevoir des solutions concrètes. Illustrons de deux cas concrets.

Le paiement électronique

Le premier cas en est un de privatisation d’une décision de nature publique. Il concerne l’introduction en Amérique du Nord de cartes bancaires à microprocesseur qui soulèvent des questions de surveillance individuelle et collective. Le paiement électronique constitue un « monopole radical » pour reprendre un autre concept d’Ivan Illich : si les citoyens conservent le choix de l’institution financière qui leur fournira la carte bancaire, il n’existe qu’un seul système de paiement électronique qui s’impose à toutes les institutions financières et à tous leurs clients sur un territoire donné.

Or, le choix d’un nouveau système de paiement à microprocesseur n’est pas anodin. Car, il existe des dizaines de concepts d’application de cette technologie qui s’avèrent très différents du point de vue de la surveillance individuelle. Certains concepts peuvent rendre le paiement électronique aussi anonyme que l’est l’usage du papier monnaie. Par exemple, l’institution financière sait à la fin de la journée qu’elle doit débiter le compte de tel client de tel montant global, mais demeure incapable de faire le lien avec les différents fournisseurs chez qui ce client a dépensé. À l’autre bout du spectre, il existe des concepts qui offrent à l’institution financière une manne d’information sur qui s’est procuré quoi chez qui précisément à quel moment et à quel montant. Le choix entre un type de concept ou un autre relève peu de contraintes techniques ou budgétaires. Il est, en pratique, une décision de nature politique sur le niveau de surveillance que les institutions financières peuvent ou non exercer sur les activités de leurs clients. Or, ce ne sont pas les parlements élus qui en décident. Ces parlements ont plutôt abandonné cette décision à des clubs privés d’institutions financières (au Canada, l’Association canadienne des paiements).

Or, il n’y a pas que la surveillance des clients individuels qui est en cause. La généralisation du paiement électronique offre aux institutions financières une vue imprenable en temps réel sur les activités et situations économiques de sociétés entières. Voilà qui constitue un avantage stratégique indéniable en période de tourmente économique. Surtout lorsqu’on compare à la situation des gouvernements, médias et sociétés civiles qui, eux, doivent débattre de mesures qui n’auront d’effets que dans plusieurs mois dans le futur sur la base de statistiques reflétant des situations souvent vieilles de quatre mois dans le passé. Pourquoi seules les institutions financières pourraient-elles disposer de données aussi à jour?

Dans la surveillance individuelle comme dans la surveillance sociétale, le principe de démocratie devrait s’appliquer – en sus de celui de libertés – à l’égard de décisions portant sur des pouvoirs sociaux d’une telle ampleur. Faut-il que les parlements récupèrent le pouvoir de légiférer publiquement en ces matières? Ou faut-il démocratiser les travaux de clubs telle l’Association canadienne de paiement? Ou suivre un tout autre modèle de démocratisation des décisions?

Les passeports

Le second cas en est un d’internationalisation d’une décision publique. C’est celui des passeports qui servent à la surveillance des passages aux frontières des citoyens, et souvent de leurs déplacements à l’intérieur de ces frontières. Les normes en matière de conception des éléments électroniques et biométriques des passeports sont prises dans des instances internationales, telle l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI), par de hauts fonctionnaires des États membres entourés de lobbyistes des industries aériennes et des technologies de surveillance. Les parlements nationaux se retrouvent souvent devant le seul choix d’entériner ou non des normes déjà établies ailleurs.

Ici encore, il faut trouver le moyen de préserver le principe de démocratie contre ce type de faits accomplis technocratiques via des instances internationales. Faut-il que les parlements ou les gouvernements prédébatent publiquement les options à être proposées dans les instances internationales? Faut-il démocratiser les discussions dans les instances internationales pour permettre une réelle voix aux citoyens affectés? Ou une combinaison des deux ? Ou un autre modèle?

Voici les types de transformations, qu’il est nécessaire de définir, que je vous propose d’explorer en débat.

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Pour une appropriation citoyenne globale de l’information et de ses technologies

Adaptation écrite d’une présentation faite lors d’un diner-causerie tenu à l’occasion du 10e anniversaire de Communautique le 26 janvier 2010, à Montréal.

Vidéo de la conférence

tablette cuneiformeOn m’a demandé de traiter de l’importance que les technologies de l’information et des communications ont prise au cours de la dernière décennie et celle qu’elles prendront dans un avenir prévisible. Cela du point de vue des citoyens. Je vais me prêter à cet exercice à partir de la notion d’appropriation.

L’Histoire montre que l’alphabétisation peut être une condition nécessaire à la démocratie. Cependant, le fait qu’une population soit fortement alphabétisée n’entraine pas pour autant que cette dernière vivra dans une société libre et démocratique. Beaucoup de populations bien instruites ont vécu, à un moment ou l’autre, sous un régime autoritaire ou dictatorial, voire totalitaire.

Similairement, on peut avancer que le fait qu’une population sache manier des dispositifs techniques n’entraine pas pour autant que celle-ci maitrise comment les technologies organisent les rapports entre les citoyens. L’accès aux outils et le développement des habiletés à les manier seraient des conditions nécessaires, mais pas suffisantes à cette maitrise.

Illustrons cette affirmation par quelques exemples de dispositifs actuellement en déploiement.

Les scanneurs corporels

Au début de ce mois de janvier, le ministre fédéral des Transports, John Baird, a annoncé l’acquisition et l’installation dans les aéroports canadiens de 44 scanneurs corporels à un quart de million pièce. Faisons abstraction un moment des débats légitimes sur l’efficacité, réelle ou symbolique, de ces dispositifs ou sur leur nocivité potentielle pour la santé. Dans moins de deux mois, nous, citoyens canadiens, aurons la liberté de choisir entre : ou bien, de nous faire palper avec les mains; ou bien, de nous faire palper avec les yeux.

Mais est-ce le seul choix offert par les technologies informatiques et d’imagerie numérique?

Un collègue m’a transmis le dossier de presse des articles publiés à la suite à cette annonce. On constate qu’à peu près personne n’a soulevé le fait que cet achat avait été commandé sans appel d’offre, ni qu’on aurait pu acquérir des logiciels qui, pour éviter la mise à nu : soit,  ne signalent que les emplacements douteux; soit, reporte l’image exacte de la surface du corps de la personne sur un mannequin standard (par la technique du morphage — morphing en anglais). Le résultat d’une telle acquisition nous aurait offert un choix très différent entre : ou bien, nous faire palper avec les mains; ou bien, simplement faire détecter électroniquement la présence d’objets sur nous.

Different types de scanneurs corporels

Apparemment, aucun député n’a parlé de ces options de rechange. Pas un journaliste. Pas une organisation de citoyens, de consommateurs ou de défense des droits. Même pas l’avis de la Commissaire à la vie privée du Canada.

Peut-être que le ministre Baird lui-même ignore ces options de rechange!

Pourtant en bons citoyens numériques, plusieurs d’entre nous savent comment utiliser un appareil photo numérique et des logiciels de traitement d’images; comment trouver le communiqué du ministre sur le Web; comment regarder son point de presse sur notre ordinateur ou téléphone; et comment discuter la nouvelle dans les blogues ou sur Twitter. Nous, on connait ça la techno!

Cartes bancaires à puce

Deuxième exemple : depuis 2008, les institutions financières canadiennes déploient leurs cartes bancaires à puce. Aucun ministre ou député fédéral, aucune association de consommateurs ou autre organisation de la société civile, aucun média n’a provoqué de débat public sur le modèle de système de paiement que pourrait supporter l’ajout d’un microprocesseur sur les cartes clients, de débit et de crédit.

Pourtant, depuis l’invention de la carte à microprocesseur, des centaines de manières différentes de l’utiliser furent conçues. L’éventail des applications disponibles dans le secteur bancaire va de systèmes très bavards sur le moindre geste posé par l’utilisateur à d’autres, ultra discrets, produisant aussi peu d’informations personnelles que l’utilisation du papier monnaie.

Différent designs de carte bancaire à puce

Or, il ne peut y avoir qu’une seule configuration, ce qui légifère donc de facto les rapports entre consommateurs, marchands et institutions financières.

Nous avions des choix! Par exemple, entre de ne permettre aux banques de produire que très peu d’informations ou, à l’inverse, leur permettre d’en produire beaucoup, mais en les forçant à partager cette source précieuse de connaissances sur l’évolution de notre économie en temps réel.

Par exemple, le gouvernement de Madame Dominique Vien (ministre des Services gouvernementaux du Québec, autre oratrice de ce diner-causerie) doit prendre des décisions délicates à savoir si l’État doit garder le pied sur l’accélérateur de l’économie, lever le pied ou plutôt mettre les freins. Cependant, plusieurs des chiffres dont dispose le gouvernement ne peuvent souvent décrire que des situations vieilles de quatre mois! Voilà qui complique passablement la prise de décision. D’autant plus qu’à cause des mêmes retards dans la production d’informations, on ne pourra également connaitre quels auront été les effets des décisions retenues aujourd’hui avant des mois.

Pourtant, la production continue par les banques d’informations détaillées et en temps réel sur les paiements électroniques (dont vous et moi payons directement la production à travers nos frais bancaires), combinée à la puissance des ordinateurs d’aujourd’hui, pourrait réduire ce décalage dans la production de certains chiffres clés à quelque chose d’aussi court qu’en semaines, voire jours !

Cependant, ce débat public sur ce choix démocratique concernant la quantité d’informations générées ou non par les systèmes de paiement électronique et leur utilisation possible au profit, non seulement des banques, mais aussi de l’ensemble de la société n’a jamais eu lieu.

Mais en bons citoyens numériques, nous savons comment utiliser un guichet automatique ainsi que comment faire un don pour Haïti par transaction sur le Web ou avec un texto. Nous, on connait ça la techno!

Quelle appropriation?

Cela nous ramène au thème de l’appropriation. Généralement, on définit « l’appropriation » comme le processus par lequel un individu ou un groupe intègre une innovation dans ses pratiques et l’adapte, et même le détourne en fonction ses besoins.

Depuis 10 ans, Communautique, ses partenaires et de nombreux autres organismes oeuvrent à l’essentielle appropriation des outils informatiques par les citoyens. Ils travaillent et militent pour assurer un accès universel à Internet et à l’ordinateur. Ils forment à l’utilisation de logiciels, du Web, de réseaux sociaux et d’outils collaboratifs.

L'appropriation sociale des outils n'est pas suffisante

Cependant, il faut admettre que former à l’utilisation d’outils n’est pas suffisant alors que les dispositifs numériques s’immiscent de plus en plus dans le moindre objet. Jusqu’à dans nos pilules…

Pilules à micropuce

Les compagnies pharmaceutiques testent actuellement l’usage de comprimés à micropuce. Dans une de ces expériences, le dispositif envoie aux patients un texto de rappel sur son téléphone cellulaire s’ils ne suivent pas correctement l’ordonnance du médecin.

Un tel dispositif pourrait être configuré pour mettre en relation patients, médecins et pharmaciens de cent manières différentes. Par exemple, afin de vérifier si nous prenons bien nos médicaments. Pour nous faire livrer automatiquement de nouvelles doses de médicaments lorsque nos flacons se vident. Voire appeler l’ambulance, si nous avons gobé tout le flacon d’un seul trait.

La question est évidemment à savoir : qui va décider d’une configuration plutôt que d’une autre? Donc, à déterminer comment s’organiseront les relations entre patients, médecins et pharmaciens. Et pourquoi pas des relations incluant aussi les compagnies pharmaceutiques, les compagnies d’assurances et le monde de la recherche biomédicale.

N’avons-nous pas notre mot à dire? D’autant plus si ces dispositifs s’imposent progressivement à tous?

L’appropriation citoyenne

La démocratie exige ici que l’appropriation citoyenne aille par delà le simple maniement d’outils conçus par d’autres. Elle requiert que les citoyens et les composantes de la société civile puissent contribuer au développement des outils qui imposent une organisation des rapports interpersonnels. La démocratie requiert la possibilité de participer aux choix affectant cette organisation des rapports.

Cela implique, non seulement une connaissance des outils et de leur maniement, mais également (comme pour les exemples des scanneurs, cartes bancaires et pilules), une connaissance des différentes informations qui peuvent être produites ou non ainsi que des diverses manières dont elles peuvent être utilisées ou non.

Appropriation globale de l'information et de ses technologies

Donc, une véritable appropriation citoyenne doit s’appliquer autant aux informations et aux rapports interpersonnels qu’aux outils informatiques.

Poussons plus loin. Non seulement, une telle appropriation citoyenne serait-elle nécessaire à garantir un caractère démocratique à une société de l’information, mais elle serait aussi nécessaire au succès même de l’informatisation de ses activités!

Déjà, les commerces en ligne ne peuvent faire le plein de profits et les services gouvernementaux en ligne ne peuvent avoir de sens que si le plus grand nombre possible de citoyens a accès à internet et sait comment s’en servir avec confiance.

Assurer l’adéquation des applications

Or, le succès de nombreux produits et services informatisés dépendra aussi de plus en plus de la capacité des citoyens de discuter d’informations, d’outils et de rapports interpersonnels. Lors d’une recherche que j’ai effectuée sur les services gouvernementaux en ligne, j’ai beaucoup discuté avec des concepteurs de ce qui pouvait faire qu’un système s’avère dysfonctionnel, enfonçant alors un citoyen dans un purgatoire bureaucratique kafkaïen plutôt que l’aider. Mon objectif étant évidemment de comprendre, à contrario, comment s’assurer qu’un service informatisé fonctionne bien. La conclusion est résumée dans ce schéma qui énumère tous les facteurs dont il faut tenir compte.

Pragmatique de l'information dans une interaction informatisée

Je ne peux ici discuter avec vous l’ensemble de ces facteurs en détail. Contentons-nous pour l’instant d’affirmer qu’en pratique, il faut non seulement que l’organisation comprenne très bien toutes les dimensions de ses propres processus (ce qui est déjà un exigeant travail), mais il faut aussi qu’elle comprenne très bien pourquoi et comment différents citoyens — usagers ou consommateurs — utilisent différemment son service. Comment certaines catégories de personnes s’approprient-elles différemment le service pour quels buts différents. Inversement, il faut aussi que ces citoyens comprennent bien à quoi servent le service et les informations qu’ils échangent avec l’organisation afin qu’ils obtiennent les résultats qu’ils recherchent et fournissent les bonnes informations utiles à cette fin.

Premier exemple tout petit. Dans une application aussi simple qu’un service de changement d’adresse. Je demande au concepteur : « Quelle adresse la Régie d’Assurance-maladie détient-elle sur le citoyen assuré? » Le concepteur répond : « C’est clair, c’est l’adresse de domicile ». C’est en effet ce que prévoit la loi, mais je relance : « En êtes-vous sûr? » Le concepteur se met alors à rire : « En fait, on n’en a aucune idée ». Et à partir de là, nous avons exploré ensemble les cas de figure où le citoyen a fourni une adresse autre que de celle de leur domicile : comme les étudiants qui donnent l’adresse de leurs parents comme adresse postale fixe sachant qu’ils pourraient changer souvent de lieu de résidence.

Peu importe les lois, les formulaires et les modèles de données, cela demeure les citoyens qui décident si dans la case « adresse », ils donneront une adresse de domicile, une adresse postale, une adresse de service ou autre.

Or, parmi la panoplie des moyens efficaces permettant de connaitre et comprendre les usages, attentes, besoins et contraintes des citoyens, on retrouve la consultation publique. Qui mieux que les citoyens eux-mêmes ou les organisations qui travaillent quotidiennement avec eux peuvent signaler leurs différents usages et compréhensions d’un service donné?

Mon deuxième exemple fait dans le très gros et complexe : c’est l’immense chantier de l’informatisation des dossiers médicaux qui, dans un avenir prévisible, va couter bien au-delà d’un milliard de dollars au Québec, au-delà de cinq milliards au Canada. On a déjà perdu des dizaines de millions de nos impôts dans des solutions inadéquates. Et dans l’état de situation présente, on va encore en perdre des dizaines de millions d’autres en cours de route. Et une des causes de ces inadéquations est précisément une culture numérique insuffisante dans notre société.

Des hauts fonctionnaires m’ont confié qu’on arrive difficilement à arrimer la vision stratégique avec les besoins concrets sur le terrain. Or entretemps, on développe et on implante des solutions techniques. On procède finalement par une couteuse démarche d’essais et erreurs. Souvent, on m’a posé la question : « C’est clair qu’il faudrait consulter directement les patients et la population, mais comment fait-on ça? Déjà entre nous, professionnels qui y travaillent quotidiennement, il nous est difficile de partager une compréhension commune des systèmes. »

Le défi démocratique

Développer notre capacité de discuter de dispositifs techniques compliqués entre nous représente effectivement un considérable défi culturel. Un défi qui doit être impérativement relevé. Car sinon, on devra faire face à bien plus grave que des inefficiences en nombre, en importance et en couts croissants (pensons seulement à la dégradation spectaculaire qu’ont connue les services à la clientèle de plusieurs grandes entreprises, par exemple). En effet, c’est la démocratie elle-même qui se trouve à risque si l’on abandonne progressivement les décisions relatives à l’organisation des rapports entre citoyens à des ingénieurs, à des technocrates ou à des fournisseurs plus bas soumissionnaires. Des décisions en plus souvent prises à l’étranger à cause de l’universalisation des produits ou des normes techniques devant assurer l’interopérabilité internationale des systèmes.

Nous ne sommes encore qu’au tout début du long processus d’informatisation des sociétés qui va progressivement s’insinuer dans les moindres recoins de nos vies, y compris jusque sous nos vêtements, dans nos portefeuilles et nos de pilules. Une large part des maniements d’informations en cause supportera des rapports interpersonnels en les façonnant dans le détail d’une manière qui s’imposera aux intéressés. La maitrise démocratique de cette forme de législation efficace rend nécessaire que nous tous — simples citoyens, organismes communautaires, gouvernements et entreprises — fassions évoluer l’idée d’appropriation et sa pratique à un niveau plus global qui embrasse les dimensions sociales, y compris celles carrément politiques, des choix techniques.

Il s’agit, bien sûr, de bien plus que le défi d’une décennie, ou même celle d’une génération. C’est le défi posé par une véritable révolution qui s’étendra vraisemblablement sur tout ce siècle. Un défi considérable certes, mais excitant pour sûr!

CommunicationsNotes de laboVivre entre les lignesNotesObservations

Pour une appropriation citoyenne globale de l’information et de ses technologies : la vidéo

tablette cuneiformeJe n’avais pas remarqué la mise en ligne depuis belle lurette de cette vidéo. Elle est issue de la captation de ma conférence faite lors du diner-causerie tenu à l’occasion du 10e anniversaire de Communautique, le 26 janvier 2010, à Montréal. Cette conférence traite de l’importance, du point de vue des citoyens, des technologies de l’information et des communications au cours de la dernière décennie et dans un avenir prévisible. Exercice auquel je me suis prêté à partir de la notion d’appropriation.

L’accès à cette vidéo est maintenant intégré au présent site. Le texte de la conférence viendra ici sous peu.

Critique du recensementVivre entre les lignesNotesObservations

Réveil du citoyen sujet de l’information?

En marge des controverses sur le recensement, Facebook et autres

ObservationsSamedi, je faisais le ménage en écoutant une conférence de la sociologue Saskia Sassen sur l’évolution du concept de citoyenneté à l’heure de la mondialisation enregistrée pour l’émission Big Ideas (mp3, vidéo). L’essentiel de cette conférence portait sur les multiples microchangements que la mondialisation provoque dans la définition et le vécu de la citoyenneté (ou sur la subjectivité politique, en d’autres mots).

Sassen nous rappelle que même si nous avons tendance à vivre la citoyenneté comme une condition constituant un tout, en fait cette citoyenneté est la réunion de multiples composantes. Au cœur de la citoyenneté, il existe un faisceau de droits formels reconnus par l’État. Cependant, il y a aussi autour de nombreux autres éléments de nature sociale qui ne découlent pas nécessairement de notre relation à l’État (tel l’environnement physique de la ville vs la campagne). Il est donc possible de disséquer le concept de citoyenneté de manière à étudier comment chacun de ces éléments émerge, change et disparait; et donc comment l’idée de citoyenneté évolue en conséquence.

Cette idée m’a ramené à celle de l’éveil citoyen du sujet de l’information. Un thème qui correspond à un souhait que j’exprimais déjà en 1988 dans ma contribution au livre Les droits de la personne au Canada: dans les années 1990 et au-delà.[1] La conférence de Sassen m’interpelait : assisterions-nous actuellement aussi à ce microchangement historique de l’incorporation du statut de sujet de l’information dans la conscience du citoyen contemporain? (suite…)

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