Projet « Par delà la vie privée »CommunicationsNotes de laboVivre entre les lignesNotes

Projet « Par delà la vie privée » : le Prologue (sur l’éducation que nos enfants méritent)

Couverture provisoire du livre : Titre : « Vivre entre les lignes : la société de l'information à travers nos information personnelles » - Mentions : « Par delà la vie privée - Livre en chantier ouvert »

Ce billet porte sur le Projet « Par delà la vie privée » : VIVRE ENTRE LES LIGNES la société de l’information à travers nos informations personnelles.

Comme il s’agit d’un chantier de rédaction ouvert d’un livre de vulgarisation,

n’hésitez-pas à commenter !

Toute remarque aide à l’améliorer.

Prologue

Lignées

 

Imaginons Sarah, une adolescente, qui réfléchit sur comment d’innombrables informations la relient aux autres. Ne devrions-nous pas offrir une telle éducation à nous-mêmes et à nos enfants?

 

Mes naissances

Ma vie foetale fut choyée. Ma mère l’a veillée de près. Elle et moi avons bénéficié du soutien attentionné des proches et de la médecine moderne. Ainsi, bien avant ma venue au monde, le dossier médical de ma mère avait déjà accumulé à mon sujet au-delà d’une centaine de lignes de texte. Des notes sur des observations, résultats de tests, conclusions diagnostiques, prescriptions, actes médicaux. Cela sans compter les milliers de lignes d’images échographiques. Des images de moi que Maman avait fièrement affichées sur ses pages de réseaux sociaux. Là, où s’affichèrent aussi des centaines de lignes d’encouragements et de conseils provenant de gens qu’elle y fréquente et de son obstétricienne.

Une échographie, un réseau de relations : illustrations montrant que l'échographie Sarah, foetus, la relie à sa mère, à l'hopital et à son médecin, ainsi que, via un média social aux membres de la famille de la mère, ses amis, collègues et contacts

À peine sortie du ventre de ma mère, la confirmation de mes signes vitaux entraina l’ouverture de mon dossier médical bien à moi. Certes, ce dossier a d’abord été identifié sous le prénom plutôt insignifiant de… « Bébé ». Mais avec sa création, je suis enfin devenue une « patiente » à part entière après pourtant des mois de suivi médical.

Mon bruyant et épuisant accouchement fut vite suivi par une autre naissance. Une plus discrète, mais pas moins importante : celle d’une nouvelle citoyenne. Elle eut lieu par l’inscription de quelques lignes sur le formulaire du registre d’état civil. Un geste anodin en apparence. Pourtant, cet acte m’a fait titulaire de plusieurs droits et bénéfices – et plus tard d’obligations – dans cette société où les hasards de l’histoire et de la génétique m’ont fait naitre.

Et de « Bébé », je devins officiellement « Sarah ».

(suite…)

DébatsRemarques de terrainInformation & DroitNotes de laboVivre entre les lignesNotesObservations

Projet de loi « accès légal » : les journalistes découvrant être dans la mire

Débats - DebatesUn soudain bras de fer entre le gouvernement Charest et les journalistes cause une onde de choc dont les échos se sont répercutés à travers la profession journalistique canadienne. Un choc qui pourrait faire réaliser à quel point le projet de loi « accès légal » déposé ce lundi 13 février concerne aussi les journalistes et les entreprises de presse.

Une menace

La semaine dernière, le gouvernement Charest a annoncé que le Directeur des poursuites criminelles et pénales et la Sureté du Québec allaient mener sur les fuites vers les médias touchant l’affaire Ian Davidson, un policier de Montréal à la retraite soupçonné d’avoir tenté de vendre au crime organisé des listes d’informateurs de la police. Ni le ministre de la Sécurité publique Robert Dutil, ni le premier ministre Jean Charest n’ont accepté de garantir que les journalistes ne seraient pas objet d’enquête ou d’écoute électronique. (suite…)

DébatsInformation & DroitVivre entre les lignesNotesObservations

Gagner contre les projets de loi « accès légal » : Deux intuitions stratégiques

Débats - DebatesY a-t-il des actions qu’on puisse mettre en marche dès aujourd’hui dans une campagne décisive contre l’adoption des projets de lois dites « accès légal » par le Canada? J’en suis venu à répondre « oui » en écoutant un exposé d’Antoine Beaupré, administrateur système chez Koumbit. C’était lors d’une rencontre publique intitulée « “accès illégal” et lois liberticides sur internet », le 3 février 2012 à Montréal.

Rappelons que les projets de loi « accès légal » (après déjà trois tentatives d’adoption interrompues par la dissolution du Parlement) n’ont pas encore été déposés à nouveau. Cependant, on s’attend à ce que le gouvernement Harper le fasse tôt ou tard. Les dernières versions des projets de loi donnaient aux services de police de nouveaux pouvoirs pour accéder aux données détenues par les fournisseurs de services Internet. Elles permettaient la divulgation obligatoire des renseignements sur leurs clients sans supervision judiciaire ainsi que la surveillance en temps réel à travers les réseaux fournisseurs de services Internet. Autant de mesures jugées inutiles et dangereuses, non seulement par les défenseurs des libertés civiles, mais par bon nombre de corps policiers également. Une analyse légale détaillée (en anglais)en a été publiée récemment par la British Columbia Civil Liberties Association.

La rencontre était organisée par Koumbit une entreprise techno autogérée qui offre notamment des services d’hébergement web. L’entreprise a donc déjà connu sa part de perquisitions d’informations et de serveurs. Comme plusieurs autres entreprises du secteur, Koumbit craint les effets de l’initiative « accès légal » pour les libertés civiles de ses clients ainsi que, globalement, pour l’ensemble des citoyens qui utilisent internet à partir de partout dans le monde. L’exposé d’ouverture d’Antoine Beaupré traitait d’ailleurs moins des aspects légaux des projets de loi que de ses dimensions techniques et politiques. (suite…)

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Actifs et identités numériques en cas de décès ou d’inaptitude – Première récapitulation

Le texte qui suit à la fois fait la synthèse provisoire (la discussion ne faisant que commencer) et complète les notes précédemment publiées sur ce sujet à partir de celle-ci. Ce texte est dérivé de mes notes en préparation de l’entrevue que j’ai donnée à La Sphère de la Première Chaine de Radio-Canada, le 4 février 2012.

L’anecdote personnelle

Devenu grand-père en mai, j’ai jugé que c’était un bon moment pour réviser mes testament et mandat en cas d’inaptitude. Sauf que, j’ai découvert que je devais demander à mes mandataires ou exécuteurs testamentaires de gérer plein de comptes en ligne et documents numériques. La grande majorité mes documents se retrouvent sous formes numériques : correspondances; dossiers, factures, contrats; documents fiscaux, bancaires et comptables; livres, photos. Ces fichiers sont enfouis dans des ordinateurs, disques durs, serveurs, clés USB, DVD, microcartes, lecteur multimédia protégés par des noms d’usager, mots de passe, clés de chiffrement.

 Pierrot Péladeau en entrevue - in interview

 Comme pour beaucoup d’entre vous, plusieurs pans de ma vie se réalisent sur: (suite…)

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La Chambre des notaires rectifie le tir sur la gestion des identités et actifs numériques

Observations

Plus tôt cette semaine, je signalais que Monsieur Antonin Fortin, Directeur des communications et adjoint au Président de la Chambre des notaires du Québec, avait écrit au sujet de la gestion des actifs et identités numériques en cas décès ou d’incapacité :

 

On parle ici d’un phénomène complexe, relativement nouveau et en pleine évolution. De plus, la CNQ ne peut se substituer au législateur et « créer » le droit en cette matière. À notre connaissance, il n’existe aucun guide qui répondrait à vos attentes.

 

Ayant été invité à une entrevue sur ce sujet à l’émission La Sphère sur la Première Chaine de Radio-Canada, le samedi 4 février prochain, j’ai désiré obtenir confirmation que cette réponse constituait bien la position officielle de la Chambre.

 

Au téléphone, Monsieur Fortin m’a dit avoir relu mes courriels et s’être rendu compte qu’il n’en avait pas correctement compris le sujet initialement. Il m’a dit que la position officielle de la Chambre des notaires serait plutôt qu’elle a confié à Me Bertrand Salvas, un notaire qui se consacre surtout à la formation et est intéressé par ce sujet, le mandat d’étudier la question et de formuler rapidement des recommandations. Celles-ci pourraient éventuellement prendre la forme de conseils, guides ou contenus de formation.

 

Concrètement, Antonin Fortin m’a dit qu’il avait transmis à Me Salvas mes courriels et mes propositions qu’il jugeait intéressantes.

 

Voilà qui rassure. La mission d’un ordre professionnel n’est-elle pas justement la protection du public?

Remarques de terrainInformation & DroitNotes de laboVivre entre les lignesNotesObservations

La Chambre des notaires abdique la gestion des identités et actifs numériques

Observations

La semaine dernière je signalais que ma notaire s’était déclarée démunie relativement à la gestion de mes éléments d’identités et actifs numériques en cas de décès (testament) ou d’inaptitude (mandat).

J’ai aussi raconté avoir appelé au service d’information juridique de la Chambre des notaires du Québec. La notaire rejointe avait trouvé mes questions très pertinentes et portant sur des enjeux pressants. Cependant, elle m’avait affirmé que la Chambre ne disposait d’aucun guide, liste de contrôle, disposition type pour testament ou mandat d’inaptitude, ni de formation spécifique sur ces sujets destinée à ses membres.

Après avoir publié cet article, j’ai écrit à Me Jean Lambert, le président de la Chambre des notaires (CNQ). J’ai brièvement décrit ma situation et mes démarches avant de poser les questions suivantes :

Existe-t-il des guides, listes de contrôle, dispositions types ou conseils pratiques sur ces sujets?
Sinon, qu’attendez-vous pour nous permettre de vivre et mourir sereinement au XXIe siècle ?

Réponse de la Chambre des notaires

En l’absence de Me Lambert, ce fut Monsieur Antonin Fortin, Directeur des communications et adjoint au Président, qui me répondit. (suite…)

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Autogérer son identité numérique, ses actifs numériques et ses biens intellectuels en cas de décès ou d’inaptitude

ObservationsDésormais grand-père, il me fallait réviser mon testament et mon mandat en cas d’inaptitude. Sauf que, cette fois-ci, j’ai découvert que je devais demander à mes éventuels mandataires ou exécuteurs de succession de composer avec l’omniprésence des supports numériques. Voilà qui leur complique leur tâche.

Il y a quelques années seulement, on pouvait aisément retrouver les documents d’une personne inapte ou décédée. Il suffisait de faire systématiquement le tour des différents espaces où elle vivait et travaillait. La nature des documents sautait généralement aux yeux : contrats, factures, correspondances privées, livres, disques, documents professionnels, etc. En l’absence d’instructions précises, on pouvait appliquer certaines coutumes: telles la remise des correspondances privées conservées à leurs auteurs; la distribution des contenus des bibliothèques, discothèques, albums photo ou collections aux proches intéressés; la conservation des documents d’intérêts fiscaux une sizaine d’années avant de les détruire.

Numérisation des actifs

Comme de plus en plus de gens autour de moi, je détiens de moins en moins de documents sur papier ou autre support macroscopique. Déjà, l’essentiel de mes documents se retrouve sous formes numériques : correspondances privées, dossiers, factures, contrats, documents fiscaux, bancaires et comptables; livres, musiques, photos ; documents professionnels; etc. (suite…)

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Café rencontre: Autonomie, surveillance et démocratie: Qui tireront profit des traces numériques générées par nos moindres gestes?

Le jeudi 6 octobre 2011 (19h à 21h), je serai l’invité d’une conversation de la série L’université autrement: Dans les cafés animée par Sophie Ambrosi sur le thème: Autonomie, surveillance et démocratie: Qui tireront profit des traces numériques générées par nos moindres gestes?

Ordinateurs, guichets, téléphones et autres bidules électroniques. Aujourd’hui, nos relations à nos proches, autres personnes et organisations passent par des machines traitant mille informations à notre sujet. Ces textes, sons et images deviennent communications, transactions, dossiers, décisions. Ils peuvent être transformés en statistiques et connaissances sur les individus, groupes et sociétés, même sur la nature de l’animal humain (ex. : conditions de sa santé). Toutes connaissances pouvant fonder des décisions, anodines ou majeures. La société de l’information est nécessairement société de surveillance. Alors, quels types de surveillance sont condamnables dans une société libre et démocratique? Et lesquels sont souhaitables? À quelles conditions?

La conversation aura lieu au Café l’Artère, 7000, Avenue du Parc (près de Jean-Talon) à Montréal. L’invitation est ouverte à tous et l’entrée est libre.

L’activité est organisée par l’Institute for Community Development de Concordia University.

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Pour une appropriation citoyenne globale de l’information et de ses technologies

Adaptation écrite d’une présentation faite lors d’un diner-causerie tenu à l’occasion du 10e anniversaire de Communautique le 26 janvier 2010, à Montréal.

Vidéo de la conférence

tablette cuneiformeOn m’a demandé de traiter de l’importance que les technologies de l’information et des communications ont prise au cours de la dernière décennie et celle qu’elles prendront dans un avenir prévisible. Cela du point de vue des citoyens. Je vais me prêter à cet exercice à partir de la notion d’appropriation.

L’Histoire montre que l’alphabétisation peut être une condition nécessaire à la démocratie. Cependant, le fait qu’une population soit fortement alphabétisée n’entraine pas pour autant que cette dernière vivra dans une société libre et démocratique. Beaucoup de populations bien instruites ont vécu, à un moment ou l’autre, sous un régime autoritaire ou dictatorial, voire totalitaire.

Similairement, on peut avancer que le fait qu’une population sache manier des dispositifs techniques n’entraine pas pour autant que celle-ci maitrise comment les technologies organisent les rapports entre les citoyens. L’accès aux outils et le développement des habiletés à les manier seraient des conditions nécessaires, mais pas suffisantes à cette maitrise.

Illustrons cette affirmation par quelques exemples de dispositifs actuellement en déploiement.

Les scanneurs corporels

Au début de ce mois de janvier, le ministre fédéral des Transports, John Baird, a annoncé l’acquisition et l’installation dans les aéroports canadiens de 44 scanneurs corporels à un quart de million pièce. Faisons abstraction un moment des débats légitimes sur l’efficacité, réelle ou symbolique, de ces dispositifs ou sur leur nocivité potentielle pour la santé. Dans moins de deux mois, nous, citoyens canadiens, aurons la liberté de choisir entre : ou bien, de nous faire palper avec les mains; ou bien, de nous faire palper avec les yeux.

Mais est-ce le seul choix offert par les technologies informatiques et d’imagerie numérique?

Un collègue m’a transmis le dossier de presse des articles publiés à la suite à cette annonce. On constate qu’à peu près personne n’a soulevé le fait que cet achat avait été commandé sans appel d’offre, ni qu’on aurait pu acquérir des logiciels qui, pour éviter la mise à nu : soit,  ne signalent que les emplacements douteux; soit, reporte l’image exacte de la surface du corps de la personne sur un mannequin standard (par la technique du morphage — morphing en anglais). Le résultat d’une telle acquisition nous aurait offert un choix très différent entre : ou bien, nous faire palper avec les mains; ou bien, simplement faire détecter électroniquement la présence d’objets sur nous.

Different types de scanneurs corporels

Apparemment, aucun député n’a parlé de ces options de rechange. Pas un journaliste. Pas une organisation de citoyens, de consommateurs ou de défense des droits. Même pas l’avis de la Commissaire à la vie privée du Canada.

Peut-être que le ministre Baird lui-même ignore ces options de rechange!

Pourtant en bons citoyens numériques, plusieurs d’entre nous savent comment utiliser un appareil photo numérique et des logiciels de traitement d’images; comment trouver le communiqué du ministre sur le Web; comment regarder son point de presse sur notre ordinateur ou téléphone; et comment discuter la nouvelle dans les blogues ou sur Twitter. Nous, on connait ça la techno!

Cartes bancaires à puce

Deuxième exemple : depuis 2008, les institutions financières canadiennes déploient leurs cartes bancaires à puce. Aucun ministre ou député fédéral, aucune association de consommateurs ou autre organisation de la société civile, aucun média n’a provoqué de débat public sur le modèle de système de paiement que pourrait supporter l’ajout d’un microprocesseur sur les cartes clients, de débit et de crédit.

Pourtant, depuis l’invention de la carte à microprocesseur, des centaines de manières différentes de l’utiliser furent conçues. L’éventail des applications disponibles dans le secteur bancaire va de systèmes très bavards sur le moindre geste posé par l’utilisateur à d’autres, ultra discrets, produisant aussi peu d’informations personnelles que l’utilisation du papier monnaie.

Différent designs de carte bancaire à puce

Or, il ne peut y avoir qu’une seule configuration, ce qui légifère donc de facto les rapports entre consommateurs, marchands et institutions financières.

Nous avions des choix! Par exemple, entre de ne permettre aux banques de produire que très peu d’informations ou, à l’inverse, leur permettre d’en produire beaucoup, mais en les forçant à partager cette source précieuse de connaissances sur l’évolution de notre économie en temps réel.

Par exemple, le gouvernement de Madame Dominique Vien (ministre des Services gouvernementaux du Québec, autre oratrice de ce diner-causerie) doit prendre des décisions délicates à savoir si l’État doit garder le pied sur l’accélérateur de l’économie, lever le pied ou plutôt mettre les freins. Cependant, plusieurs des chiffres dont dispose le gouvernement ne peuvent souvent décrire que des situations vieilles de quatre mois! Voilà qui complique passablement la prise de décision. D’autant plus qu’à cause des mêmes retards dans la production d’informations, on ne pourra également connaitre quels auront été les effets des décisions retenues aujourd’hui avant des mois.

Pourtant, la production continue par les banques d’informations détaillées et en temps réel sur les paiements électroniques (dont vous et moi payons directement la production à travers nos frais bancaires), combinée à la puissance des ordinateurs d’aujourd’hui, pourrait réduire ce décalage dans la production de certains chiffres clés à quelque chose d’aussi court qu’en semaines, voire jours !

Cependant, ce débat public sur ce choix démocratique concernant la quantité d’informations générées ou non par les systèmes de paiement électronique et leur utilisation possible au profit, non seulement des banques, mais aussi de l’ensemble de la société n’a jamais eu lieu.

Mais en bons citoyens numériques, nous savons comment utiliser un guichet automatique ainsi que comment faire un don pour Haïti par transaction sur le Web ou avec un texto. Nous, on connait ça la techno!

Quelle appropriation?

Cela nous ramène au thème de l’appropriation. Généralement, on définit « l’appropriation » comme le processus par lequel un individu ou un groupe intègre une innovation dans ses pratiques et l’adapte, et même le détourne en fonction ses besoins.

Depuis 10 ans, Communautique, ses partenaires et de nombreux autres organismes oeuvrent à l’essentielle appropriation des outils informatiques par les citoyens. Ils travaillent et militent pour assurer un accès universel à Internet et à l’ordinateur. Ils forment à l’utilisation de logiciels, du Web, de réseaux sociaux et d’outils collaboratifs.

L'appropriation sociale des outils n'est pas suffisante

Cependant, il faut admettre que former à l’utilisation d’outils n’est pas suffisant alors que les dispositifs numériques s’immiscent de plus en plus dans le moindre objet. Jusqu’à dans nos pilules…

Pilules à micropuce

Les compagnies pharmaceutiques testent actuellement l’usage de comprimés à micropuce. Dans une de ces expériences, le dispositif envoie aux patients un texto de rappel sur son téléphone cellulaire s’ils ne suivent pas correctement l’ordonnance du médecin.

Un tel dispositif pourrait être configuré pour mettre en relation patients, médecins et pharmaciens de cent manières différentes. Par exemple, afin de vérifier si nous prenons bien nos médicaments. Pour nous faire livrer automatiquement de nouvelles doses de médicaments lorsque nos flacons se vident. Voire appeler l’ambulance, si nous avons gobé tout le flacon d’un seul trait.

La question est évidemment à savoir : qui va décider d’une configuration plutôt que d’une autre? Donc, à déterminer comment s’organiseront les relations entre patients, médecins et pharmaciens. Et pourquoi pas des relations incluant aussi les compagnies pharmaceutiques, les compagnies d’assurances et le monde de la recherche biomédicale.

N’avons-nous pas notre mot à dire? D’autant plus si ces dispositifs s’imposent progressivement à tous?

L’appropriation citoyenne

La démocratie exige ici que l’appropriation citoyenne aille par delà le simple maniement d’outils conçus par d’autres. Elle requiert que les citoyens et les composantes de la société civile puissent contribuer au développement des outils qui imposent une organisation des rapports interpersonnels. La démocratie requiert la possibilité de participer aux choix affectant cette organisation des rapports.

Cela implique, non seulement une connaissance des outils et de leur maniement, mais également (comme pour les exemples des scanneurs, cartes bancaires et pilules), une connaissance des différentes informations qui peuvent être produites ou non ainsi que des diverses manières dont elles peuvent être utilisées ou non.

Appropriation globale de l'information et de ses technologies

Donc, une véritable appropriation citoyenne doit s’appliquer autant aux informations et aux rapports interpersonnels qu’aux outils informatiques.

Poussons plus loin. Non seulement, une telle appropriation citoyenne serait-elle nécessaire à garantir un caractère démocratique à une société de l’information, mais elle serait aussi nécessaire au succès même de l’informatisation de ses activités!

Déjà, les commerces en ligne ne peuvent faire le plein de profits et les services gouvernementaux en ligne ne peuvent avoir de sens que si le plus grand nombre possible de citoyens a accès à internet et sait comment s’en servir avec confiance.

Assurer l’adéquation des applications

Or, le succès de nombreux produits et services informatisés dépendra aussi de plus en plus de la capacité des citoyens de discuter d’informations, d’outils et de rapports interpersonnels. Lors d’une recherche que j’ai effectuée sur les services gouvernementaux en ligne, j’ai beaucoup discuté avec des concepteurs de ce qui pouvait faire qu’un système s’avère dysfonctionnel, enfonçant alors un citoyen dans un purgatoire bureaucratique kafkaïen plutôt que l’aider. Mon objectif étant évidemment de comprendre, à contrario, comment s’assurer qu’un service informatisé fonctionne bien. La conclusion est résumée dans ce schéma qui énumère tous les facteurs dont il faut tenir compte.

Pragmatique de l'information dans une interaction informatisée

Je ne peux ici discuter avec vous l’ensemble de ces facteurs en détail. Contentons-nous pour l’instant d’affirmer qu’en pratique, il faut non seulement que l’organisation comprenne très bien toutes les dimensions de ses propres processus (ce qui est déjà un exigeant travail), mais il faut aussi qu’elle comprenne très bien pourquoi et comment différents citoyens — usagers ou consommateurs — utilisent différemment son service. Comment certaines catégories de personnes s’approprient-elles différemment le service pour quels buts différents. Inversement, il faut aussi que ces citoyens comprennent bien à quoi servent le service et les informations qu’ils échangent avec l’organisation afin qu’ils obtiennent les résultats qu’ils recherchent et fournissent les bonnes informations utiles à cette fin.

Premier exemple tout petit. Dans une application aussi simple qu’un service de changement d’adresse. Je demande au concepteur : « Quelle adresse la Régie d’Assurance-maladie détient-elle sur le citoyen assuré? » Le concepteur répond : « C’est clair, c’est l’adresse de domicile ». C’est en effet ce que prévoit la loi, mais je relance : « En êtes-vous sûr? » Le concepteur se met alors à rire : « En fait, on n’en a aucune idée ». Et à partir de là, nous avons exploré ensemble les cas de figure où le citoyen a fourni une adresse autre que de celle de leur domicile : comme les étudiants qui donnent l’adresse de leurs parents comme adresse postale fixe sachant qu’ils pourraient changer souvent de lieu de résidence.

Peu importe les lois, les formulaires et les modèles de données, cela demeure les citoyens qui décident si dans la case « adresse », ils donneront une adresse de domicile, une adresse postale, une adresse de service ou autre.

Or, parmi la panoplie des moyens efficaces permettant de connaitre et comprendre les usages, attentes, besoins et contraintes des citoyens, on retrouve la consultation publique. Qui mieux que les citoyens eux-mêmes ou les organisations qui travaillent quotidiennement avec eux peuvent signaler leurs différents usages et compréhensions d’un service donné?

Mon deuxième exemple fait dans le très gros et complexe : c’est l’immense chantier de l’informatisation des dossiers médicaux qui, dans un avenir prévisible, va couter bien au-delà d’un milliard de dollars au Québec, au-delà de cinq milliards au Canada. On a déjà perdu des dizaines de millions de nos impôts dans des solutions inadéquates. Et dans l’état de situation présente, on va encore en perdre des dizaines de millions d’autres en cours de route. Et une des causes de ces inadéquations est précisément une culture numérique insuffisante dans notre société.

Des hauts fonctionnaires m’ont confié qu’on arrive difficilement à arrimer la vision stratégique avec les besoins concrets sur le terrain. Or entretemps, on développe et on implante des solutions techniques. On procède finalement par une couteuse démarche d’essais et erreurs. Souvent, on m’a posé la question : « C’est clair qu’il faudrait consulter directement les patients et la population, mais comment fait-on ça? Déjà entre nous, professionnels qui y travaillent quotidiennement, il nous est difficile de partager une compréhension commune des systèmes. »

Le défi démocratique

Développer notre capacité de discuter de dispositifs techniques compliqués entre nous représente effectivement un considérable défi culturel. Un défi qui doit être impérativement relevé. Car sinon, on devra faire face à bien plus grave que des inefficiences en nombre, en importance et en couts croissants (pensons seulement à la dégradation spectaculaire qu’ont connue les services à la clientèle de plusieurs grandes entreprises, par exemple). En effet, c’est la démocratie elle-même qui se trouve à risque si l’on abandonne progressivement les décisions relatives à l’organisation des rapports entre citoyens à des ingénieurs, à des technocrates ou à des fournisseurs plus bas soumissionnaires. Des décisions en plus souvent prises à l’étranger à cause de l’universalisation des produits ou des normes techniques devant assurer l’interopérabilité internationale des systèmes.

Nous ne sommes encore qu’au tout début du long processus d’informatisation des sociétés qui va progressivement s’insinuer dans les moindres recoins de nos vies, y compris jusque sous nos vêtements, dans nos portefeuilles et nos de pilules. Une large part des maniements d’informations en cause supportera des rapports interpersonnels en les façonnant dans le détail d’une manière qui s’imposera aux intéressés. La maitrise démocratique de cette forme de législation efficace rend nécessaire que nous tous — simples citoyens, organismes communautaires, gouvernements et entreprises — fassions évoluer l’idée d’appropriation et sa pratique à un niveau plus global qui embrasse les dimensions sociales, y compris celles carrément politiques, des choix techniques.

Il s’agit, bien sûr, de bien plus que le défi d’une décennie, ou même celle d’une génération. C’est le défi posé par une véritable révolution qui s’étendra vraisemblablement sur tout ce siècle. Un défi considérable certes, mais excitant pour sûr!

CommunicationsNotes de laboVivre entre les lignesNotesObservations

Pour une appropriation citoyenne globale de l’information et de ses technologies : la vidéo

tablette cuneiformeJe n’avais pas remarqué la mise en ligne depuis belle lurette de cette vidéo. Elle est issue de la captation de ma conférence faite lors du diner-causerie tenu à l’occasion du 10e anniversaire de Communautique, le 26 janvier 2010, à Montréal. Cette conférence traite de l’importance, du point de vue des citoyens, des technologies de l’information et des communications au cours de la dernière décennie et dans un avenir prévisible. Exercice auquel je me suis prêté à partir de la notion d’appropriation.

L’accès à cette vidéo est maintenant intégré au présent site. Le texte de la conférence viendra ici sous peu.

Vivre entre les lignesNotesObservations

Éducation numérique : Quelle culture pour les enfants de la société de l’information?

tablette cuneiformeSi tout se passe bien, je devrai devenir grand-père pour la première fois dans quelque mois. Un nouvel être humain proche de moi naitra dans ce XXIe siècle numérique. Quelle éducation devrait recevoir les enfants afin de pouvoir décoder la dimension informationnelle du monde dans lequel ils vivent et grandissent? Pour illustrer, j’ai imaginé ce monologue tenu par une adolescente.

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LIGNÉES

Sarah songe à certains de ses liens aux autres

Ma vie foetale fut privilégiée. Non seulement ma mère l’a veillée de près, mais elle et moi avons bénéficié du support d’un entourage attentionné et des formidables moyens de la médecine moderne. Ainsi, bien avant ma venue au monde, le dossier médical de ma mère avait accumulé à mon sujet une centaine de lignes de textes d’observations, de résultats de tests, de conclusions diagnostiques, de décisions. Cela sans compter les milliers de lignes d’images échographiques qui furent aussi mises sur la page de réseau social de ma mère où celle-ci recevait conseils et encouragements de ses proches comme de spécialistes.

À peine sortie du ventre de ma mère, la confirmation de mes signes vitaux permit l’ouverture de mon dossier médical bien à moi. Certes, il a d’abord été identifié sous le prénom quelconque de… « Bébé ». Reste qu’avec la création de ce dossier je suis enfin devenue une « patiente » à part entière après pourtant des mois de suivi médical. (suite…)

Critique du recensementVivre entre les lignesNotesObservations

Recensement 2011 : Le théâtre des peurs

Connaissez-vous quelqu’un qui aurait complété le recensement par crainte de peine d’amende ou prison pour non-réponse ? Non ? Quelqu’un qui ne l’ayant pas complété aurait eu cette crainte ? Non plus ? Alors, posons la question: de quoi le gouvernement Harper a-t-il peur, lui ?

La décision de soustraire le questionnaire long du cadre légal obligatoire du recensement pour le rendre volontaire a engendré des craintes réelles. Les milieux scientifiques, d’affaires et municipaux craignent un affaiblissement de la fiabilité des données nécessaires à leurs travaux et décisions stratégiques. Les organisations de francophones hors Québec, de femmes et d’autres minorités, de ne plus disposer des chiffres sur lesquels fonder la défense de leurs droits et intérêts.

Cependant, l’accusation que les conservateurs ne veuillent plus recueillir des informations susceptibles de contredire leurs politiques colle mal. Premièrement, il s’agirait d’un jeu dangereux: les résultats biaisés d’un recensement bâclé pourraient les desservir. Deuxièmement, cette explication cadre mal avec une augmentation de 50 % du nombre de questionnaires longs (de 3 à 4,5 millions de ménages au cout additionnel de 30 millions de dollars) et une campagne de publicité incitative. Troisièmement, les pointilleuses pratiques de révision des programmes de ce gouvernement et, surtout, les stratégies de politique de division de l’électorat (wedge politics) du Parti conservateur requièrent des statistiques de références fiables. (suite…)

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