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La vérité des informations personnelles comme indice de moralité sociale?

ObservationsLe niveau d’exactitude des informations personnelles peut-il être un indice de la justesse morale du système social dans lequel ces informations sont utilisées?

Cette question m’est venue alors que j’effectuais de travaux de rénovation à la maison en écoutant l’émission Tapestry (CBC One). Cette semaine, Mary Hynes recevait Sam Harris en marge de la publication de son livre The Moral Landscape: How Science Can Determine Human Values (l’horizon moral : comment la science peut déterminer les valeurs humaines). Une entrevue étonnamment courte compte tenu de la prédilection de l’émission à consacrer toute l’heure à un seul personnage ou sujet. En écoutant Harris, on comprend. Il propose certes une thèse convaincante à propos de la capacité de la science à éclairer une question morale, voire même à trancher entre ce qui est bien et mal. Cependant, la hargne de ses attaques contre les religions agace vite, affaiblissant d’autant sa démonstration.

Reste que, par exemple, la neuroscience peut constater objectivement grâce au scanneur et à analyse hormonale que, règle générale, une action altruiste fait du bien aux êtres humains qui la posent comme à ceux qui la reçoivent. Elle constate tout aussi exactement l’effet inverse d’une action égoïste, et que c’est encore pire pour une action malfaisante. Beaucoup de développements en biologie, en éthologie et ethnologie ainsi qu’en psychologie et sociologie offrent effectivement un éclairage de plus en plus révélateur sur diverses questions morales. Comme le souligne Harris, la science offre ici l’avantage de transcender les cultures, les religions et les systèmes moraux particuliers du fait du caractère démontrable et universel de ses conclusions.

Quel rapport avec la qualité des informations personnelles? La réponse courte est que, d’une part, la science est dépendante de la qualité de ses données et que cette qualité dépend souvent de la volonté ou capacité des humains à dire la vérité. Or d’autre part, le niveau de véracité des informations fournies est mesurable… scientifiquement.

La réponse anecdotique tient à deux observations récentes sur la nécessité de… mentir. (suite…)

Apprendre à vivre entre les lignes: Le programme

Notes d’un exposé présenté dans le cadre du 3e forum ouvert « Avenirs en chantiers »

organisé par Communautique, au Monument national, Montréal, 30 janvier 2009

Bonjour,

Pour parler de ce premier chantier, je vais reprendre quelques thèmes abordés lors de la table ronde qui a précédé : l’argent, le fossé générationnel, la valeur de l’information, les normes et qu’est-ce que le simple citoyen peut en comprendre. Ce chantier s’inscrit dans le thème « Citoyenneté par la technologie / Mode efficace de législation / Cyberdémocratie » identifié lors des deux forums précédents du 24 janvier et du 25 février 2008. Il vise le développement d’une culture générale sur le rôle social de l’informatique.

Notre inculture sur comment nos relations sociales s’organisent à travers l’informatique apparait évidente par comparaison avec notre aisance à comprendre l’une des formes d’informations les plus abstraites conçues par l’Humanité : l’argent. Nous prendrions dix personnes au hasard sur la rue dehors et toutes comprendraient quelle est la nature de l’argent et quel pouvoir… d’achat il représente. Toutes pourraient immédiatement débattre les différents rôles que l’argent peut jouer dans les rapports entre employeur et employé, entre l’État et les citoyens, entre deux conjoints, entre parents et enfants, entre composantes d’une société,et même entre pays. Toutes pourraient en discuter sous toute sorte d’angles, notamment l’angle politique.

Or, ne devrions-nous pas pouvoir discuter de manière tout aussi aisée de toutes ces autres types d’informations, maniées souvent par les mêmes ordinateurs qui manient l’argent, et qui jouent des rôles au moins aussi importants dans nos vies?

Ce décalage culturel tient au fait que l’argent est entré dans l’histoire de l’Humanité il y a plus de soixante siècles (ou 300 générations), mais l’informatique depuis seulement soixante ans ou trois générations. Or la puissance, la vitesse et les conséquences de l’informatisation de la société exigent des citoyens un apprentissage accéléré. C’est dès aujourd’hui qu’il faut assurer une maitrise sociale.

Heureusement, qui comprend l’argent, peut comprendre d’autres formes d’informations. Tout comme qui avoir une opinion sur un projet de loi peut discuter comment un projet informatique pourrait régir nos vies.

D’où ce programme de culture informatique qui s’appuie sur deux fondements :

Programme Vivre entre les lignes: Fondement: Théorie

  • d’une part, des travaux que j’ai menés depuis les années ’80 sur l’identification des dimensions du maniement physique d’informations sur les personnes qui sont pertinentes pour une discussion légale, sociale, éthique ou politique [Les trois publications enclenchant cette recherche étant « L’informatique ordinatrice du droit et du procès d’information relatif aux personnes », Technologies de l’information et société, 1989 ; 1/3 : 35-56 ; « Esquisse d’une théorie juridique des procès d’information relatifs aux personnes », Revue de droit de McGill 1989 ; 34 : 952-982 ; et «Informatique, libertés, démocratie: face aux dicktats techniques/The Informational Privacy Challenge: The Technological Rule of Law», in: Les droits de la personne au Canada: dans les années 1990 et au-delà/Human Rights in Canada: Into the 1990s and Beyond, sous la direction de R. I. Cholewinski, Ottawa: Human Rights Research and Education Centre – University of Ottawa, 1990, 105-130/93-116. ] ; et
  • Programme Vivre entre les lignes: Fondement: Modélisation

  • d’autre part, des travaux plus récents sur les moyens de présenter visuellement ces maniements afin d’en faciliter la discussion [Les travaux initiaux sont décrits dans « La modélisation visuelle des systèmes d’information en santé pour leur gestion administrative, légale et éthique » in Grant AM, Fortin JP et Mathieu L (éds),L’informatique de la santé dans les soins intégrés : connaissances, applications, évaluation. Actes des 9e Journées Francophones d’Informatique Médicale, Sherbrooke : Société Québécoise d’informatique Biomédicale et de la Santé (SoQibs), 2003, pp. 297-308. L’iconographie du modèle a ensuite été formalisée et enrichie avec Caroline Cyr, designeure industrielle de chez Communautique].

Programme Vivre entre les lignes: Fondement: Activités récentes

Le développement d’un projet de film documentaire (financé par la Société de développement des entreprises culturelles – SODEC, mais qui n’a pas encore été réalisé) m’a permis de repérer une vingtaine de notions d’informatique et de sciences sociales indispensables. [Depuis 2007, ces notions sont, tour à tour, abordées dans le cadre d’une chronique mensuelle de l’émission Citoyen numérique diffusée sur Radio-Montréal.] En 2008, Communautique a expérimenté avec succès la réception de ces notions dans des sessions de formation aux adultes, soit avec faible littératie, soit peu familiers avec l’usage d’ordinateur (grâce à une subvention du Conseil canadien de l’apprentissage). Il en ressort, notamment, que ces notions présentables en cinquante minutes de documentaire nécessitent au moins une douzaine d’heures pour faire l’objet d’une véritable appropriation en groupe.

L’idéal, cependant, serait que ces notions s’incorporent naturellement dans les activités d’éducation et de communication existantes. D’où la préparation d’activités de formation des formateurs et le projet de développer du matériel pédagogique de soutien, telles des capsules vidéos.

Une culture générale de la dimension sociale de l’informatique n’est cependant pas suffisante pour démocratiser l’informatisation de la société. Il faut aussi développer des connaissances appliquées et des habiletés plus pointues. D’où, par exemple, un projet visant à former les patients et les organisations de défense des droits des patients à comprendre les systèmes de dossiers patients électroniques, à apprendre à les utiliser et, surtout, à en influencer les développements.

Programme Vivre entre les lignes: Fondement: Notions pour acteurs clés

D’où aussi la nécessité de développer aussi des programmes de formation avancée pour les différents acteurs impliqués dans des projets informatiques régissant les rapports interpersonnels. Car il faut constater une médiocre prise en compte des aspects humains et sociaux de ces projets ainsi que des carences notables dans la formation et les méthodes des différentes catégories de professionnels impliqués autant que des porte-paroles des citoyens concernés.

Programme Vivre entre les lignes: Fondement: Notions pour professionnels

L’informatisation de la société nous oblige à apprendre, individuellement et collectivement, comment vivre entre les ligns des formulaires, des dossiers et statistiques ; les lignes de codes et de programmes ; les lignes de transmission d’informations. D’où le nom « Apprendre à vivre entre les lignes » donné à ce programme d’activités.

Programme Vivre entre les lignes: Vision d'ensemble

Communautique et ses partenaires contribuent à ce programme. Je compte y consacrer l’essentiel de mon travail de la prochaine décennie. Nous aurons besoin de synergies et de complicités pour son développement, pour sa diffusion ainsi que pour son appropriation en tant qu’éléments de culture citoyenne. C’est donc une invitation à suivre le mouvement culturel et même à joindre le chantier.

Merci.

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