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OpenIDEO: modèle ouvert, participatif, mondial pour l’élaboration de concepts d’innovations sociales

En marge du #GouvCamp

Ce mercredi 22 février, je participerai au premier GouvCamp à Québec. Mon intérêt est double.

Tout d’abord, je crois qu’il serait grand temps qu’on mette enfin en place des conditions assurant, minimalement, que les investissements en systèmes et applications numériques des services de l’État aux citoyens soient les plus pertinents, adéquats, économiques, souples et durables que possibles.

Ensuite que je crois aussi que lorsque designs et codes font loi s’imposant aux citoyens, les décisions relatives à ces dispositifs publics doivent être prises selon une logique démocratique impliquant les populations et citoyens concernés plutôt que des logiques technocratique, marchande ou partisane.

En pratique, ces deux questions sont liées. Et pour toutes deux, la solution passe par des démarches participatives de conception de systèmes et d’applications dont je vais traiter d’un modèle ici. Leur solution passe aussi par un accès à une expertise publique indépendante, qu’elle soit gouvernementale (par exemple, l’Institut national d’excellence en santé et en services sociaux (INESSS) qui évalue les technologies et modes d’intervention), universitaire ou citoyenne (comme le projet d’observatoire citoyen Monde numérique et démocratie): un sujet dont il me faudra discuter bientôt.

Le modèle OpenIDEO

Récemment, la collègue Catherine Roy signalait la tenue d’une consultation sur Comment pourrions-nous concevoir une expérience électorale accessible à tous? parrainée par la Information Technology and Innovation Foundation. Cette consultation se tient actuellement sur la plateforme OpenIDEO, un projet à but non lucratif de la firme-conseil internationale en design IDEO. La mission d’OpenIDEO est de trouver des solutions à des défis sociaux majeurs grâce à une plateforme de collaboration entre des contributeurs de partout à travers la planète. (suite…)

DébatsRemarques de terrainInformation & DroitNotes de laboVivre entre les lignesNotesObservations

Projet de loi « accès légal » : les journalistes découvrant être dans la mire

Débats - DebatesUn soudain bras de fer entre le gouvernement Charest et les journalistes cause une onde de choc dont les échos se sont répercutés à travers la profession journalistique canadienne. Un choc qui pourrait faire réaliser à quel point le projet de loi « accès légal » déposé ce lundi 13 février concerne aussi les journalistes et les entreprises de presse.

Une menace

La semaine dernière, le gouvernement Charest a annoncé que le Directeur des poursuites criminelles et pénales et la Sureté du Québec allaient mener sur les fuites vers les médias touchant l’affaire Ian Davidson, un policier de Montréal à la retraite soupçonné d’avoir tenté de vendre au crime organisé des listes d’informateurs de la police. Ni le ministre de la Sécurité publique Robert Dutil, ni le premier ministre Jean Charest n’ont accepté de garantir que les journalistes ne seraient pas objet d’enquête ou d’écoute électronique. (suite…)

DébatsInformation & DroitVivre entre les lignesNotesObservations

Gagner contre les projets de loi « accès légal » : Deux intuitions stratégiques

Débats - DebatesY a-t-il des actions qu’on puisse mettre en marche dès aujourd’hui dans une campagne décisive contre l’adoption des projets de lois dites « accès légal » par le Canada? J’en suis venu à répondre « oui » en écoutant un exposé d’Antoine Beaupré, administrateur système chez Koumbit. C’était lors d’une rencontre publique intitulée « “accès illégal” et lois liberticides sur internet », le 3 février 2012 à Montréal.

Rappelons que les projets de loi « accès légal » (après déjà trois tentatives d’adoption interrompues par la dissolution du Parlement) n’ont pas encore été déposés à nouveau. Cependant, on s’attend à ce que le gouvernement Harper le fasse tôt ou tard. Les dernières versions des projets de loi donnaient aux services de police de nouveaux pouvoirs pour accéder aux données détenues par les fournisseurs de services Internet. Elles permettaient la divulgation obligatoire des renseignements sur leurs clients sans supervision judiciaire ainsi que la surveillance en temps réel à travers les réseaux fournisseurs de services Internet. Autant de mesures jugées inutiles et dangereuses, non seulement par les défenseurs des libertés civiles, mais par bon nombre de corps policiers également. Une analyse légale détaillée (en anglais)en a été publiée récemment par la British Columbia Civil Liberties Association.

La rencontre était organisée par Koumbit une entreprise techno autogérée qui offre notamment des services d’hébergement web. L’entreprise a donc déjà connu sa part de perquisitions d’informations et de serveurs. Comme plusieurs autres entreprises du secteur, Koumbit craint les effets de l’initiative « accès légal » pour les libertés civiles de ses clients ainsi que, globalement, pour l’ensemble des citoyens qui utilisent internet à partir de partout dans le monde. L’exposé d’ouverture d’Antoine Beaupré traitait d’ailleurs moins des aspects légaux des projets de loi que de ses dimensions techniques et politiques. (suite…)

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Actifs et identités numériques en cas de décès ou d’inaptitude – Première récapitulation

Le texte qui suit à la fois fait la synthèse provisoire (la discussion ne faisant que commencer) et complète les notes précédemment publiées sur ce sujet à partir de celle-ci. Ce texte est dérivé de mes notes en préparation de l’entrevue que j’ai donnée à La Sphère de la Première Chaine de Radio-Canada, le 4 février 2012.

L’anecdote personnelle

Devenu grand-père en mai, j’ai jugé que c’était un bon moment pour réviser mes testament et mandat en cas d’inaptitude. Sauf que, j’ai découvert que je devais demander à mes mandataires ou exécuteurs testamentaires de gérer plein de comptes en ligne et documents numériques. La grande majorité mes documents se retrouvent sous formes numériques : correspondances; dossiers, factures, contrats; documents fiscaux, bancaires et comptables; livres, photos. Ces fichiers sont enfouis dans des ordinateurs, disques durs, serveurs, clés USB, DVD, microcartes, lecteur multimédia protégés par des noms d’usager, mots de passe, clés de chiffrement.

 Pierrot Péladeau en entrevue - in interview

 Comme pour beaucoup d’entre vous, plusieurs pans de ma vie se réalisent sur: (suite…)

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Qu’est-ce que « simple à lire » signifie ? En marge des changements de politiques de Google

Observations

Google m’a envoyé sept courriels (un pour chacun des services auxquels je suis inscrit), m’annonçant la fusion des soixante (60) règles de confidentialité une seule règle plus courte et plus « simple à lire ».

Cette déclaration et les réactions qu’elle a suscitées cette semaine m’amènent à faire trois observations :

Premièrement, la difficulté initiale des médias, acteurs sociaux et de l’industrie ainsi que des élus du Congrès à déterminer si cette annonce correspond ou non à des changements dans les usages que Google fait de nos informations et profils d’usagers, et si oui lesquels.

Deuxièmement, la difficulté à se retrouver dans les configurations « simples à lire ». Par exemple, il est écrit que je peux choisir d’obtenir ou non une personnalisation de mes résultats de recherche Google en fonction des intérêts que révèle mes usages de Google+, Gmail et YouTube. Or, j’ai eu beau chercher, je n’ai jamais trouvé le panneau de gestion ces commandes-là (quelqu’un a trouvé?). Et même pour les commandes accessibles, la description de leurs effets n’est souvent pas évidente, même pour moi dont c’est la profession d’étudier ces questions.

En effet, troisièmement, si l’Electronic Frontier Foundation a vu juste, voici comment je devrais gérer cette personnalisation :

« Pour les personnes qui souhaitent continuer à utiliser les produits Google, mais veulent créer une séparation étanche entre la recherche Google, YouTube, et d’autres produits, il y a une option qui consiste à établir plusieurs comptes Google. Les usagers peuvent mettre en place deux ou plusieurs comptes pourvu qu’ils aient différentes adresses Gmail. Toutefois, les personnes qui utilisent cette stratégie pour protéger leur vie privée doivent veiller à ne pas les mélanger (envisagez d’utiliser des navigateurs distincts pour chacun de vos comptes Google). Pour être encore plus prudents, les usagers pourraient vouloir utiliser l’outil Data Liberation afin de récupérer une copie de l’ensemble de leurs données sur produit Google particulier, supprimer ces données dans le compte d’origine, et ensuite télécharger ces mêmes données sur le nouveau compte. Par exemple, une personne peut mettre en place un compte secondaire Google pour la navigation et le partage de vidéos sur YouTube. Elle pourrait ensuite télécharger l’ensemble de ses vidéos YouTube existantes à son ordinateur, les supprimer de son profil Google initial, et ensuite utiliser un autre navigateur pour les télécharger vers un nouveau compte Google secondaire. Malheureusement, c’est un processus assez laborieux. Pour aider les usagers qui souhaitent tenir des comptes séparés, Google devrait rendre ce processus plus simple et plus facile. » (Ma traduction ; source)

Bref, peut-être « simple à lire », mais pas à comprendre, et encore moins aider l’amélioration du contrôle par l’usager.

Cependant, je ne blâmerais pas seulement Google en particulier. Toute cette industrie a peu développé les moyens d’offrir des portraits fiables, vérifiables et aisément compréhensible de qu’il advient des informations personnelles d’un usager. La rédaction des politiques et la conception des configurations demeurent faites d’abord en fonction des intérêts de l’organisation et dominées par les juristes et les ingénieurs. Au Canada, près de la moitié de la population adulte est à faible littératie et au moins autant ne comprend pas grand-chose à l’informatique. Voici les catégories d’usagers qui devraient être les destinataires de la communication. Et cela signifie beaucoup plus que simplement offrir des formulations « simples à lire »…

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La Chambre des notaires rectifie le tir sur la gestion des identités et actifs numériques

Observations

Plus tôt cette semaine, je signalais que Monsieur Antonin Fortin, Directeur des communications et adjoint au Président de la Chambre des notaires du Québec, avait écrit au sujet de la gestion des actifs et identités numériques en cas décès ou d’incapacité :

 

On parle ici d’un phénomène complexe, relativement nouveau et en pleine évolution. De plus, la CNQ ne peut se substituer au législateur et « créer » le droit en cette matière. À notre connaissance, il n’existe aucun guide qui répondrait à vos attentes.

 

Ayant été invité à une entrevue sur ce sujet à l’émission La Sphère sur la Première Chaine de Radio-Canada, le samedi 4 février prochain, j’ai désiré obtenir confirmation que cette réponse constituait bien la position officielle de la Chambre.

 

Au téléphone, Monsieur Fortin m’a dit avoir relu mes courriels et s’être rendu compte qu’il n’en avait pas correctement compris le sujet initialement. Il m’a dit que la position officielle de la Chambre des notaires serait plutôt qu’elle a confié à Me Bertrand Salvas, un notaire qui se consacre surtout à la formation et est intéressé par ce sujet, le mandat d’étudier la question et de formuler rapidement des recommandations. Celles-ci pourraient éventuellement prendre la forme de conseils, guides ou contenus de formation.

 

Concrètement, Antonin Fortin m’a dit qu’il avait transmis à Me Salvas mes courriels et mes propositions qu’il jugeait intéressantes.

 

Voilà qui rassure. La mission d’un ordre professionnel n’est-elle pas justement la protection du public?

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La Chambre des notaires abdique la gestion des identités et actifs numériques

Observations

La semaine dernière je signalais que ma notaire s’était déclarée démunie relativement à la gestion de mes éléments d’identités et actifs numériques en cas de décès (testament) ou d’inaptitude (mandat).

J’ai aussi raconté avoir appelé au service d’information juridique de la Chambre des notaires du Québec. La notaire rejointe avait trouvé mes questions très pertinentes et portant sur des enjeux pressants. Cependant, elle m’avait affirmé que la Chambre ne disposait d’aucun guide, liste de contrôle, disposition type pour testament ou mandat d’inaptitude, ni de formation spécifique sur ces sujets destinée à ses membres.

Après avoir publié cet article, j’ai écrit à Me Jean Lambert, le président de la Chambre des notaires (CNQ). J’ai brièvement décrit ma situation et mes démarches avant de poser les questions suivantes :

Existe-t-il des guides, listes de contrôle, dispositions types ou conseils pratiques sur ces sujets?
Sinon, qu’attendez-vous pour nous permettre de vivre et mourir sereinement au XXIe siècle ?

Réponse de la Chambre des notaires

En l’absence de Me Lambert, ce fut Monsieur Antonin Fortin, Directeur des communications et adjoint au Président, qui me répondit. (suite…)

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Autogérer son identité numérique, ses actifs numériques et ses biens intellectuels en cas de décès ou d’inaptitude

ObservationsDésormais grand-père, il me fallait réviser mon testament et mon mandat en cas d’inaptitude. Sauf que, cette fois-ci, j’ai découvert que je devais demander à mes éventuels mandataires ou exécuteurs de succession de composer avec l’omniprésence des supports numériques. Voilà qui leur complique leur tâche.

Il y a quelques années seulement, on pouvait aisément retrouver les documents d’une personne inapte ou décédée. Il suffisait de faire systématiquement le tour des différents espaces où elle vivait et travaillait. La nature des documents sautait généralement aux yeux : contrats, factures, correspondances privées, livres, disques, documents professionnels, etc. En l’absence d’instructions précises, on pouvait appliquer certaines coutumes: telles la remise des correspondances privées conservées à leurs auteurs; la distribution des contenus des bibliothèques, discothèques, albums photo ou collections aux proches intéressés; la conservation des documents d’intérêts fiscaux une sizaine d’années avant de les détruire.

Numérisation des actifs

Comme de plus en plus de gens autour de moi, je détiens de moins en moins de documents sur papier ou autre support macroscopique. Déjà, l’essentiel de mes documents se retrouve sous formes numériques : correspondances privées, dossiers, factures, contrats, documents fiscaux, bancaires et comptables; livres, musiques, photos ; documents professionnels; etc. (suite…)

CommunicationsDébatsNotes de laboVivre entre les lignesNotesObservationsRéflexions

Pour une appropriation citoyenne globale de l’information et de ses technologies

Adaptation écrite d’une présentation faite lors d’un diner-causerie tenu à l’occasion du 10e anniversaire de Communautique le 26 janvier 2010, à Montréal.

Vidéo de la conférence

tablette cuneiformeOn m’a demandé de traiter de l’importance que les technologies de l’information et des communications ont prise au cours de la dernière décennie et celle qu’elles prendront dans un avenir prévisible. Cela du point de vue des citoyens. Je vais me prêter à cet exercice à partir de la notion d’appropriation.

L’Histoire montre que l’alphabétisation peut être une condition nécessaire à la démocratie. Cependant, le fait qu’une population soit fortement alphabétisée n’entraine pas pour autant que cette dernière vivra dans une société libre et démocratique. Beaucoup de populations bien instruites ont vécu, à un moment ou l’autre, sous un régime autoritaire ou dictatorial, voire totalitaire.

Similairement, on peut avancer que le fait qu’une population sache manier des dispositifs techniques n’entraine pas pour autant que celle-ci maitrise comment les technologies organisent les rapports entre les citoyens. L’accès aux outils et le développement des habiletés à les manier seraient des conditions nécessaires, mais pas suffisantes à cette maitrise.

Illustrons cette affirmation par quelques exemples de dispositifs actuellement en déploiement.

Les scanneurs corporels

Au début de ce mois de janvier, le ministre fédéral des Transports, John Baird, a annoncé l’acquisition et l’installation dans les aéroports canadiens de 44 scanneurs corporels à un quart de million pièce. Faisons abstraction un moment des débats légitimes sur l’efficacité, réelle ou symbolique, de ces dispositifs ou sur leur nocivité potentielle pour la santé. Dans moins de deux mois, nous, citoyens canadiens, aurons la liberté de choisir entre : ou bien, de nous faire palper avec les mains; ou bien, de nous faire palper avec les yeux.

Mais est-ce le seul choix offert par les technologies informatiques et d’imagerie numérique?

Un collègue m’a transmis le dossier de presse des articles publiés à la suite à cette annonce. On constate qu’à peu près personne n’a soulevé le fait que cet achat avait été commandé sans appel d’offre, ni qu’on aurait pu acquérir des logiciels qui, pour éviter la mise à nu : soit,  ne signalent que les emplacements douteux; soit, reporte l’image exacte de la surface du corps de la personne sur un mannequin standard (par la technique du morphage — morphing en anglais). Le résultat d’une telle acquisition nous aurait offert un choix très différent entre : ou bien, nous faire palper avec les mains; ou bien, simplement faire détecter électroniquement la présence d’objets sur nous.

Different types de scanneurs corporels

Apparemment, aucun député n’a parlé de ces options de rechange. Pas un journaliste. Pas une organisation de citoyens, de consommateurs ou de défense des droits. Même pas l’avis de la Commissaire à la vie privée du Canada.

Peut-être que le ministre Baird lui-même ignore ces options de rechange!

Pourtant en bons citoyens numériques, plusieurs d’entre nous savent comment utiliser un appareil photo numérique et des logiciels de traitement d’images; comment trouver le communiqué du ministre sur le Web; comment regarder son point de presse sur notre ordinateur ou téléphone; et comment discuter la nouvelle dans les blogues ou sur Twitter. Nous, on connait ça la techno!

Cartes bancaires à puce

Deuxième exemple : depuis 2008, les institutions financières canadiennes déploient leurs cartes bancaires à puce. Aucun ministre ou député fédéral, aucune association de consommateurs ou autre organisation de la société civile, aucun média n’a provoqué de débat public sur le modèle de système de paiement que pourrait supporter l’ajout d’un microprocesseur sur les cartes clients, de débit et de crédit.

Pourtant, depuis l’invention de la carte à microprocesseur, des centaines de manières différentes de l’utiliser furent conçues. L’éventail des applications disponibles dans le secteur bancaire va de systèmes très bavards sur le moindre geste posé par l’utilisateur à d’autres, ultra discrets, produisant aussi peu d’informations personnelles que l’utilisation du papier monnaie.

Différent designs de carte bancaire à puce

Or, il ne peut y avoir qu’une seule configuration, ce qui légifère donc de facto les rapports entre consommateurs, marchands et institutions financières.

Nous avions des choix! Par exemple, entre de ne permettre aux banques de produire que très peu d’informations ou, à l’inverse, leur permettre d’en produire beaucoup, mais en les forçant à partager cette source précieuse de connaissances sur l’évolution de notre économie en temps réel.

Par exemple, le gouvernement de Madame Dominique Vien (ministre des Services gouvernementaux du Québec, autre oratrice de ce diner-causerie) doit prendre des décisions délicates à savoir si l’État doit garder le pied sur l’accélérateur de l’économie, lever le pied ou plutôt mettre les freins. Cependant, plusieurs des chiffres dont dispose le gouvernement ne peuvent souvent décrire que des situations vieilles de quatre mois! Voilà qui complique passablement la prise de décision. D’autant plus qu’à cause des mêmes retards dans la production d’informations, on ne pourra également connaitre quels auront été les effets des décisions retenues aujourd’hui avant des mois.

Pourtant, la production continue par les banques d’informations détaillées et en temps réel sur les paiements électroniques (dont vous et moi payons directement la production à travers nos frais bancaires), combinée à la puissance des ordinateurs d’aujourd’hui, pourrait réduire ce décalage dans la production de certains chiffres clés à quelque chose d’aussi court qu’en semaines, voire jours !

Cependant, ce débat public sur ce choix démocratique concernant la quantité d’informations générées ou non par les systèmes de paiement électronique et leur utilisation possible au profit, non seulement des banques, mais aussi de l’ensemble de la société n’a jamais eu lieu.

Mais en bons citoyens numériques, nous savons comment utiliser un guichet automatique ainsi que comment faire un don pour Haïti par transaction sur le Web ou avec un texto. Nous, on connait ça la techno!

Quelle appropriation?

Cela nous ramène au thème de l’appropriation. Généralement, on définit « l’appropriation » comme le processus par lequel un individu ou un groupe intègre une innovation dans ses pratiques et l’adapte, et même le détourne en fonction ses besoins.

Depuis 10 ans, Communautique, ses partenaires et de nombreux autres organismes oeuvrent à l’essentielle appropriation des outils informatiques par les citoyens. Ils travaillent et militent pour assurer un accès universel à Internet et à l’ordinateur. Ils forment à l’utilisation de logiciels, du Web, de réseaux sociaux et d’outils collaboratifs.

L'appropriation sociale des outils n'est pas suffisante

Cependant, il faut admettre que former à l’utilisation d’outils n’est pas suffisant alors que les dispositifs numériques s’immiscent de plus en plus dans le moindre objet. Jusqu’à dans nos pilules…

Pilules à micropuce

Les compagnies pharmaceutiques testent actuellement l’usage de comprimés à micropuce. Dans une de ces expériences, le dispositif envoie aux patients un texto de rappel sur son téléphone cellulaire s’ils ne suivent pas correctement l’ordonnance du médecin.

Un tel dispositif pourrait être configuré pour mettre en relation patients, médecins et pharmaciens de cent manières différentes. Par exemple, afin de vérifier si nous prenons bien nos médicaments. Pour nous faire livrer automatiquement de nouvelles doses de médicaments lorsque nos flacons se vident. Voire appeler l’ambulance, si nous avons gobé tout le flacon d’un seul trait.

La question est évidemment à savoir : qui va décider d’une configuration plutôt que d’une autre? Donc, à déterminer comment s’organiseront les relations entre patients, médecins et pharmaciens. Et pourquoi pas des relations incluant aussi les compagnies pharmaceutiques, les compagnies d’assurances et le monde de la recherche biomédicale.

N’avons-nous pas notre mot à dire? D’autant plus si ces dispositifs s’imposent progressivement à tous?

L’appropriation citoyenne

La démocratie exige ici que l’appropriation citoyenne aille par delà le simple maniement d’outils conçus par d’autres. Elle requiert que les citoyens et les composantes de la société civile puissent contribuer au développement des outils qui imposent une organisation des rapports interpersonnels. La démocratie requiert la possibilité de participer aux choix affectant cette organisation des rapports.

Cela implique, non seulement une connaissance des outils et de leur maniement, mais également (comme pour les exemples des scanneurs, cartes bancaires et pilules), une connaissance des différentes informations qui peuvent être produites ou non ainsi que des diverses manières dont elles peuvent être utilisées ou non.

Appropriation globale de l'information et de ses technologies

Donc, une véritable appropriation citoyenne doit s’appliquer autant aux informations et aux rapports interpersonnels qu’aux outils informatiques.

Poussons plus loin. Non seulement, une telle appropriation citoyenne serait-elle nécessaire à garantir un caractère démocratique à une société de l’information, mais elle serait aussi nécessaire au succès même de l’informatisation de ses activités!

Déjà, les commerces en ligne ne peuvent faire le plein de profits et les services gouvernementaux en ligne ne peuvent avoir de sens que si le plus grand nombre possible de citoyens a accès à internet et sait comment s’en servir avec confiance.

Assurer l’adéquation des applications

Or, le succès de nombreux produits et services informatisés dépendra aussi de plus en plus de la capacité des citoyens de discuter d’informations, d’outils et de rapports interpersonnels. Lors d’une recherche que j’ai effectuée sur les services gouvernementaux en ligne, j’ai beaucoup discuté avec des concepteurs de ce qui pouvait faire qu’un système s’avère dysfonctionnel, enfonçant alors un citoyen dans un purgatoire bureaucratique kafkaïen plutôt que l’aider. Mon objectif étant évidemment de comprendre, à contrario, comment s’assurer qu’un service informatisé fonctionne bien. La conclusion est résumée dans ce schéma qui énumère tous les facteurs dont il faut tenir compte.

Pragmatique de l'information dans une interaction informatisée

Je ne peux ici discuter avec vous l’ensemble de ces facteurs en détail. Contentons-nous pour l’instant d’affirmer qu’en pratique, il faut non seulement que l’organisation comprenne très bien toutes les dimensions de ses propres processus (ce qui est déjà un exigeant travail), mais il faut aussi qu’elle comprenne très bien pourquoi et comment différents citoyens — usagers ou consommateurs — utilisent différemment son service. Comment certaines catégories de personnes s’approprient-elles différemment le service pour quels buts différents. Inversement, il faut aussi que ces citoyens comprennent bien à quoi servent le service et les informations qu’ils échangent avec l’organisation afin qu’ils obtiennent les résultats qu’ils recherchent et fournissent les bonnes informations utiles à cette fin.

Premier exemple tout petit. Dans une application aussi simple qu’un service de changement d’adresse. Je demande au concepteur : « Quelle adresse la Régie d’Assurance-maladie détient-elle sur le citoyen assuré? » Le concepteur répond : « C’est clair, c’est l’adresse de domicile ». C’est en effet ce que prévoit la loi, mais je relance : « En êtes-vous sûr? » Le concepteur se met alors à rire : « En fait, on n’en a aucune idée ». Et à partir de là, nous avons exploré ensemble les cas de figure où le citoyen a fourni une adresse autre que de celle de leur domicile : comme les étudiants qui donnent l’adresse de leurs parents comme adresse postale fixe sachant qu’ils pourraient changer souvent de lieu de résidence.

Peu importe les lois, les formulaires et les modèles de données, cela demeure les citoyens qui décident si dans la case « adresse », ils donneront une adresse de domicile, une adresse postale, une adresse de service ou autre.

Or, parmi la panoplie des moyens efficaces permettant de connaitre et comprendre les usages, attentes, besoins et contraintes des citoyens, on retrouve la consultation publique. Qui mieux que les citoyens eux-mêmes ou les organisations qui travaillent quotidiennement avec eux peuvent signaler leurs différents usages et compréhensions d’un service donné?

Mon deuxième exemple fait dans le très gros et complexe : c’est l’immense chantier de l’informatisation des dossiers médicaux qui, dans un avenir prévisible, va couter bien au-delà d’un milliard de dollars au Québec, au-delà de cinq milliards au Canada. On a déjà perdu des dizaines de millions de nos impôts dans des solutions inadéquates. Et dans l’état de situation présente, on va encore en perdre des dizaines de millions d’autres en cours de route. Et une des causes de ces inadéquations est précisément une culture numérique insuffisante dans notre société.

Des hauts fonctionnaires m’ont confié qu’on arrive difficilement à arrimer la vision stratégique avec les besoins concrets sur le terrain. Or entretemps, on développe et on implante des solutions techniques. On procède finalement par une couteuse démarche d’essais et erreurs. Souvent, on m’a posé la question : « C’est clair qu’il faudrait consulter directement les patients et la population, mais comment fait-on ça? Déjà entre nous, professionnels qui y travaillent quotidiennement, il nous est difficile de partager une compréhension commune des systèmes. »

Le défi démocratique

Développer notre capacité de discuter de dispositifs techniques compliqués entre nous représente effectivement un considérable défi culturel. Un défi qui doit être impérativement relevé. Car sinon, on devra faire face à bien plus grave que des inefficiences en nombre, en importance et en couts croissants (pensons seulement à la dégradation spectaculaire qu’ont connue les services à la clientèle de plusieurs grandes entreprises, par exemple). En effet, c’est la démocratie elle-même qui se trouve à risque si l’on abandonne progressivement les décisions relatives à l’organisation des rapports entre citoyens à des ingénieurs, à des technocrates ou à des fournisseurs plus bas soumissionnaires. Des décisions en plus souvent prises à l’étranger à cause de l’universalisation des produits ou des normes techniques devant assurer l’interopérabilité internationale des systèmes.

Nous ne sommes encore qu’au tout début du long processus d’informatisation des sociétés qui va progressivement s’insinuer dans les moindres recoins de nos vies, y compris jusque sous nos vêtements, dans nos portefeuilles et nos de pilules. Une large part des maniements d’informations en cause supportera des rapports interpersonnels en les façonnant dans le détail d’une manière qui s’imposera aux intéressés. La maitrise démocratique de cette forme de législation efficace rend nécessaire que nous tous — simples citoyens, organismes communautaires, gouvernements et entreprises — fassions évoluer l’idée d’appropriation et sa pratique à un niveau plus global qui embrasse les dimensions sociales, y compris celles carrément politiques, des choix techniques.

Il s’agit, bien sûr, de bien plus que le défi d’une décennie, ou même celle d’une génération. C’est le défi posé par une véritable révolution qui s’étendra vraisemblablement sur tout ce siècle. Un défi considérable certes, mais excitant pour sûr!

CommunicationsNotes de laboVivre entre les lignesNotesObservations

Pour une appropriation citoyenne globale de l’information et de ses technologies : la vidéo

tablette cuneiformeJe n’avais pas remarqué la mise en ligne depuis belle lurette de cette vidéo. Elle est issue de la captation de ma conférence faite lors du diner-causerie tenu à l’occasion du 10e anniversaire de Communautique, le 26 janvier 2010, à Montréal. Cette conférence traite de l’importance, du point de vue des citoyens, des technologies de l’information et des communications au cours de la dernière décennie et dans un avenir prévisible. Exercice auquel je me suis prêté à partir de la notion d’appropriation.

L’accès à cette vidéo est maintenant intégré au présent site. Le texte de la conférence viendra ici sous peu.

Vivre entre les lignesNotesObservations

Éducation numérique : Quelle culture pour les enfants de la société de l’information?

tablette cuneiformeSi tout se passe bien, je devrai devenir grand-père pour la première fois dans quelque mois. Un nouvel être humain proche de moi naitra dans ce XXIe siècle numérique. Quelle éducation devrait recevoir les enfants afin de pouvoir décoder la dimension informationnelle du monde dans lequel ils vivent et grandissent? Pour illustrer, j’ai imaginé ce monologue tenu par une adolescente.

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LIGNÉES

Sarah songe à certains de ses liens aux autres

Ma vie foetale fut privilégiée. Non seulement ma mère l’a veillée de près, mais elle et moi avons bénéficié du support d’un entourage attentionné et des formidables moyens de la médecine moderne. Ainsi, bien avant ma venue au monde, le dossier médical de ma mère avait accumulé à mon sujet une centaine de lignes de textes d’observations, de résultats de tests, de conclusions diagnostiques, de décisions. Cela sans compter les milliers de lignes d’images échographiques qui furent aussi mises sur la page de réseau social de ma mère où celle-ci recevait conseils et encouragements de ses proches comme de spécialistes.

À peine sortie du ventre de ma mère, la confirmation de mes signes vitaux permit l’ouverture de mon dossier médical bien à moi. Certes, il a d’abord été identifié sous le prénom quelconque de… « Bébé ». Reste qu’avec la création de ce dossier je suis enfin devenue une « patiente » à part entière après pourtant des mois de suivi médical. (suite…)

Notes de laboVivre entre les lignesNotesObservationsRéflexions

La vérité des informations personnelles comme indice de moralité sociale?

ObservationsLe niveau d’exactitude des informations personnelles peut-il être un indice de la justesse morale du système social dans lequel ces informations sont utilisées?

Cette question m’est venue alors que j’effectuais de travaux de rénovation à la maison en écoutant l’émission Tapestry (CBC One). Cette semaine, Mary Hynes recevait Sam Harris en marge de la publication de son livre The Moral Landscape: How Science Can Determine Human Values (l’horizon moral : comment la science peut déterminer les valeurs humaines). Une entrevue étonnamment courte compte tenu de la prédilection de l’émission à consacrer toute l’heure à un seul personnage ou sujet. En écoutant Harris, on comprend. Il propose certes une thèse convaincante à propos de la capacité de la science à éclairer une question morale, voire même à trancher entre ce qui est bien et mal. Cependant, la hargne de ses attaques contre les religions agace vite, affaiblissant d’autant sa démonstration.

Reste que, par exemple, la neuroscience peut constater objectivement grâce au scanneur et à analyse hormonale que, règle générale, une action altruiste fait du bien aux êtres humains qui la posent comme à ceux qui la reçoivent. Elle constate tout aussi exactement l’effet inverse d’une action égoïste, et que c’est encore pire pour une action malfaisante. Beaucoup de développements en biologie, en éthologie et ethnologie ainsi qu’en psychologie et sociologie offrent effectivement un éclairage de plus en plus révélateur sur diverses questions morales. Comme le souligne Harris, la science offre ici l’avantage de transcender les cultures, les religions et les systèmes moraux particuliers du fait du caractère démontrable et universel de ses conclusions.

Quel rapport avec la qualité des informations personnelles? La réponse courte est que, d’une part, la science est dépendante de la qualité de ses données et que cette qualité dépend souvent de la volonté ou capacité des humains à dire la vérité. Or d’autre part, le niveau de véracité des informations fournies est mesurable… scientifiquement.

La réponse anecdotique tient à deux observations récentes sur la nécessité de… mentir. (suite…)

Critique du recensementVivre entre les lignesNotesObservations

Un professionnel des méthodes quantitatives nous répond…

Débats - DebatesVoici une réponse reçue à l’article précédent de la part d’un professionnel qui m’a écrit, mais ne souhaite cependant pas être identifié pour l’instant:

Un professionnel des méthodes quantitatives

L’idée qu’un échantillon volontaire diminue la fiabilité et la validité des données est un fait aussi accepté aujourd’hui que l’idée que la terre est ronde. […] Il y a de nombreux articles qui portent sur l’ampleur du biais, sur ses raisons, sur les façons que l’on tente, tant bien que mal, de contourner ces biais, etc. Mais on ne réussit jamais vraiment à contourner.

[Quant à la conclusion du juge Boivin] Je n’ai pas lu les arguments en faveur d’un questionnaire volontaire et comment ils pensent pouvoir éviter les biais échantillonnaux. Bien sûr qu’il y a une incertitude quant au degré de fiabilité des données de l’ENM, puisqu’on n’a jamais fait un tel exercice auparavant. Il y a une certitude quant au fait que les données seront biaisées, mais il est difficile de prévoir à l’avance l’ampleur et la nature de ce biais.

Augmenter le nombre de questionnaires longs ne changera rien au biais, et rien ne nous permet de croire qu’une campagne publicitaire permettre de corriger le biais. La campagne pourrait très bien l’accentuer (surtout si elle est faite uniquement dans les deux langues officielles). (suite…)

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Questions aux statisticiens et spécialistes des méthodes quantitatives relativement à la fiabilité d’un recensement volontaire

En marge de la décision sur la requête de la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada

ObservationsLe juge Richard Boivin de la Cour fédérale a entendu des preuves et des témoignages présentés au soutien et en opposition à l’Enquête nationale auprès des ménages (ENM) qui, à participation volontaire, remplace l’ancien formulaire long du recensement qui était obligatoire sous peine d’amende et même de prison. Le juge a conclu, cette semaine, « qu’il existe une incertitude quant au degré de fiabilité des données qui émaneront de l’ENM »… sauf que la Cour « n’est pas convaincue que les données de l’ENM ne seront pas fiables au point qu’elles seront inutilisables ».

Rappelons que le gouvernement conservateur a décidé de soustraire le questionnaire long du cadre légal obligatoire du recensement canadien pour le rendre volontaire. Pour compenser une éventuelle baisse de participation, il a prévu une augmentation de quelque 50 % du nombre de questionnaires longs (de 3 à 4,5 millions de ménages au cout additionnel de 30 millions de dollars) ainsi qu’une campagne de publicité incitative.

De nombreux statisticiens, démographes et chercheurs ont dénoncé cette décision. Selon eux, le volontariat entrainerait une diminution significative de la participation, notamment dans certaines portions de la population (plus pauvres, moins scolarisées, de certaines origines ethniques). Le résultat serait des données moins représentatives et biaisées qui déformeraient donc les portraits démographiques du pays, des régions et des communautés locales. Cependant, outre ces affirmations générales, les interventions publiques dans les médias n’ont jusqu’ici rapporté aucune démonstration statistique à l’appui. La conclusion du juge Boivin semble conforter cette perception.

Je fais donc ici un appel aux statisticiens et aux spécialistes des méthodes quantitatives afin de mieux préciser certains éléments clés du débat. (suite…)

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New column: Critique of Canadian census

Le gouvernement conservateur a décidé que lors du recensement canadien de 2011, la réponse au questionnaire long ne serait plus obligatoire, mais volontaire. Cette décision a provoqué une nette polarisation entre les farouchement pour ou contre.

Le carnet d’observations Critique du recensement offre une exploration critique des multiples questions techniques, sociales, légales et éthiques que soulèvent une telle opération de production d’informations sur un pays et sa population.

Autres ressources:

Le site Datalibre.ca tient une veille de presse sur le recensement 2011 :

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Les conservateurs canadiens bataillent sur le recensement… étatsunien

ObservationsJ’ai écrit en juillet que la décision du gouvernement conservateur d’abolir le caractère obligatoire du formulaire long du recensement provenait probablement d’une observation des controverses autour du récent recensement étatsunien ainsi que sur les possibles risques et opportunités politiques de leur transposition ici au Canada.

La suite des déclarations subséquentes des conservateurs a amplement démontré que la rationalité de leur décision relevait plus du calcul partisan que de la rationalité administrative ou du respect des droits des citoyens. Aujourd’hui, l’opposition libérale dépose un projet de loi pour rendre obligatoire le formulaire long, toujours sous peine d’amendes, mais sans peine de prison. Comme si l’opposition aux Communes suivait aveuglement le rôle qui lui avait été attribué dans un des scénarios possibles envisagés par les conservateurs.

Cependant, l’inspiration étatsunienne de la stratégie et du discours à l’appui n’a jamais été aussi clairement mise au jour que par les déclarations du ministre Tony Clement mardi dernier. Jennifer Ditchburn de La Presse canadienne rapporte que, selon Clément, les recenseurs pourraient déjouer le système et faire main basse sur les informations personnelles des Canadiens. Même si Statistique Canada a des politiques claires, « certains recenseurs sont recrutés dans le même voisinage que les répondants ». Cela signifie, selon M. Clement, que « votre voisin peut connaitre certaines de vos informations les plus personnelles et les plus intimes ».

Or, le ministre décrit ici la situation existant aux États-Unis où, constitution oblige, le recensement doit être obligatoirement conduit par des recenseurs. Au Canada, le recensement est autoadministré depuis… 1971. L’une des raisons de l’abandon des recenseurs était précisément liée à une question de respect de la vie privée. Il s’agissait moins d’éviter le risque d’espionnage, que de réduire le caractère intrusif et intimidant d’une visite par un possible voisin et donc les biais découlant de l’hésitation à répondre franchement aux questions, voire à répondre tout court. D’ailleurs Statistiques Canada a comme politique, pour les rappels de suivis téléphoniques, à recourir à des recenseurs qui ne doivent pas être de la région du citoyen contacté.

Bref, le jupon dépasse. Les derniers arguments de Clement sont clairement une importation copier-coller étatsunienne n’ayant aucune pertinence dans le contexte canadien. Une erreur si grossière n’aurait pas eu lieu si la décision conservatrice avait été prise sur la base d’une analyse des besoins d’amélioration du recensement canadien. D’ailleurs, si on avait voulu améliorer le recensement, on aurait amendé le formulaire long plutôt que passer l’été à en dénigrer les questions qu’il contient, et même celles qu’il ne contient pas…

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Réveil du citoyen sujet de l’information?

En marge des controverses sur le recensement, Facebook et autres

ObservationsSamedi, je faisais le ménage en écoutant une conférence de la sociologue Saskia Sassen sur l’évolution du concept de citoyenneté à l’heure de la mondialisation enregistrée pour l’émission Big Ideas (mp3, vidéo). L’essentiel de cette conférence portait sur les multiples microchangements que la mondialisation provoque dans la définition et le vécu de la citoyenneté (ou sur la subjectivité politique, en d’autres mots).

Sassen nous rappelle que même si nous avons tendance à vivre la citoyenneté comme une condition constituant un tout, en fait cette citoyenneté est la réunion de multiples composantes. Au cœur de la citoyenneté, il existe un faisceau de droits formels reconnus par l’État. Cependant, il y a aussi autour de nombreux autres éléments de nature sociale qui ne découlent pas nécessairement de notre relation à l’État (tel l’environnement physique de la ville vs la campagne). Il est donc possible de disséquer le concept de citoyenneté de manière à étudier comment chacun de ces éléments émerge, change et disparait; et donc comment l’idée de citoyenneté évolue en conséquence.

Cette idée m’a ramené à celle de l’éveil citoyen du sujet de l’information. Un thème qui correspond à un souhait que j’exprimais déjà en 1988 dans ma contribution au livre Les droits de la personne au Canada: dans les années 1990 et au-delà.[1] La conférence de Sassen m’interpelait : assisterions-nous actuellement aussi à ce microchangement historique de l’incorporation du statut de sujet de l’information dans la conscience du citoyen contemporain? (suite…)

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Recensement 2011 : Le théâtre des peurs

Connaissez-vous quelqu’un qui aurait complété le recensement par crainte de peine d’amende ou prison pour non-réponse ? Non ? Quelqu’un qui ne l’ayant pas complété aurait eu cette crainte ? Non plus ? Alors, posons la question: de quoi le gouvernement Harper a-t-il peur, lui ?

La décision de soustraire le questionnaire long du cadre légal obligatoire du recensement pour le rendre volontaire a engendré des craintes réelles. Les milieux scientifiques, d’affaires et municipaux craignent un affaiblissement de la fiabilité des données nécessaires à leurs travaux et décisions stratégiques. Les organisations de francophones hors Québec, de femmes et d’autres minorités, de ne plus disposer des chiffres sur lesquels fonder la défense de leurs droits et intérêts.

Cependant, l’accusation que les conservateurs ne veuillent plus recueillir des informations susceptibles de contredire leurs politiques colle mal. Premièrement, il s’agirait d’un jeu dangereux: les résultats biaisés d’un recensement bâclé pourraient les desservir. Deuxièmement, cette explication cadre mal avec une augmentation de 50 % du nombre de questionnaires longs (de 3 à 4,5 millions de ménages au cout additionnel de 30 millions de dollars) et une campagne de publicité incitative. Troisièmement, les pointilleuses pratiques de révision des programmes de ce gouvernement et, surtout, les stratégies de politique de division de l’électorat (wedge politics) du Parti conservateur requièrent des statistiques de références fiables. (suite…)

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Les nouvelles fractures numériques: le filtrage et les bulles hyperpersonalisées menaçant la démocratie

ObservationsEst-ce qu’au lieu de relier les humains entre eux, les technologies numériques pourraient, au contraire, les isoler les uns des autres? La personnalisation des services offerts sur web peut-elle produire des ghettos? Peut-elle menacer la démocratie elle-même? Ce sont des dangers qu’a soulevé Eli Pariser, président de MoveOn.org, le 3 juin 2010 au cours du dernier Personal Democracy Forum.

Ethan Zuckerman rapporte ses propos. Tout d’abord, l’exemple d’une conférence personnalisée :

« Imaginons que nous nous présentions à un évènement comme le Personal Democracy Forum, et avions été triés sur la base du sexe, de l’âge, de l’idéologie politique, de la ville natale. Très vite, nous serions tous assis dans de petites pièces, tout seuls. Imaginons que les orateurs aient ensuite offert des présentations personnalisées, en ajoutant des explosions pour le jeune auditeur mâle, par exemple. “Vous préfèreriez probablement mieux votre version personnelle… mais ce serait pour moi la mauvaise chose à faire.” Cela desservirait la raison d’être même d’une conférence — nous n’avons plus de tronc commun de discours que nous pourrions discuter ensemble dans les couloirs. »

« Google utilise 57 indices disponibles pour personnaliser le web pour vous, même lorsque vous n’êtes pas connecté (avec votre nom d’usager). En conséquence, les résultats que vous obtenez sur une recherche Google peuvent devenir très différents, même si des gens assez similaires effectuent la même recherche. Eli nous montre des captures d’écran d’une recherche pour “BP” menée par deux jeunes femmes, vivant toutes deux dans le nord-est des États-Unis. Elles obtiennent des résultats très différents… une série se concentre sur les questions d’affaires et ne présente pas de lien sur le déversement de pétrole dans les trois premiers, tandis que l’autre le fait. Une utilisatrice a obtenu 141 millions de résultats, tandis que l’autre, 180 millions. Imaginez combien dissemblables ces résultats pourraient être pour des utilisateurs véritablement différents entre eux. »

(suite…)

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Recherche Google cryptée sous SSL : mesure effective ou symbolique?

ObservationsGoogle a récemment annoncé qu’il offre dorénavant la possibilité d’effectuer une recherche de documents de manière confidentielle grâce au protocole de sécurisation par cryptage des échanges sur Internet Secure Sockets Layer (SSL). Concrètement, cela veut dire que, entre votre ordinateur et les serveurs de Google, personne ne pourra lire en clair, ni les requêtes, ni les résultats de recherche (un peu comme sont protégées les transactions financières effectuées sous SSL).

Pour bénéficier de ce nouveau service offert en mode « bêta », il faut se rendre sur https://www.google.com. Votre fureteur devrait alors signaler que la communication est sécurisée (par exemple, par l’affichage d’un cadenas). Les sites localisés de Google (comme google.fr ou google.ca) n’offrent pas cette sécurisation qui n’est pas disponible non plus pour les recherches d’images et de vidéos.

SSL Google Search

Pour sûr, il s’agit d’un geste symbolique important de la part du géant du web. Il a été applaudi par le Center for Democracy & Technology comme comme une incarnation éclatante du concept de confidentialité par design (Privacy by Design).

Pour sûr, le fait qu’un acteur aussi important que Google s’engage à offrir un nombre croissant de ses services sous SSL (l’accès web à Google Mail sous SSL est déjà par défaut depuis janvier 2010) pourrait être un signal important à tous les acteurs d’Internet : il est peut-être temps de songer à protéger un plus grand nombre de communications sur Internet, quitte devoir payer par des temps de traitement et de transmission légèrement plus lents (à peine perceptibles lorsqu’on dispose d’ordinateurs et de connexions de quelque puissance).

Cependant, est-ce que ce nouveau service change quoi que ce soit à l’expérience de ceux dont l’exercice de leurs libertés ou la confidentialité de leurs travaux nécessitent qu’ils puissent échapper à la surveillance de leurs employeurs, des fournisseurs de services internet ou des États? (suite…)

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