Brèves

Bonjour Monsieur Lagacé, J’ai manqué m’étouffer en lisant la phase suivante de votre chronique Dire…

Bonjour Monsieur Lagacé,

J'ai manqué m'étouffer en lisant la phase suivante de votre chronique Dire oui, dire non du 18 avril : « Le grand bâtisseur n'a pas de relation particulière avec le public, avec le bien commun ».

Je crois qu'il y a confusion ici. Le fait qu'un grand bâtisseur est le propriétaire privé de sa propre entreprise commerciale d'ingénierie ou de construction ne change rien au caractère public de nombre de ses activités. Il bâtit dans l'espace public qui nous appartient collectivement. Il façonne l'espace public dans lequel nous vivons, et nos enfants après nous. Il construit les infrastructures des services publics que nous nous offrons. La qualité des travaux qu'il réalise affecte la sécurité et le bien-être publics. Les ressources mises à sa disposition sont publiques.

Si vous me permettez, votre phrase et d'autres de cette chronique relèvent d'une vision très XIXe siècle de la division privé/public. À l'époque, c'était simple : ce qui se passait dans un lieu dit privé (maison familiale, manufacture, commerce) était privé; et ce qui se passait dans un lieu dit public (rue, tribunal, théâtre, assemblée législative) était public. Business was business. Les affaires publiques, les affaires publiques. Chacun dans son espace propre.

Puis, le XXe siècle est passé par là : syndicalisme, féminisme, écologisme… journalisme. Battre ses enfants n'est plus affaire privée, ni empoisonner ses propres champs. Progressivement, ce n'est plus le type d'espace ou de propriété qui définit le caractère public ou privé, c'est bien plus le rapport à autrui. Au tribunal, le travail du juge qui exerce son pouvoir en Chambre de la Jeunesse est resté de nature publique et imputable en conséquence, par contre l'identité des enfants dont on discute du sort est dorénavant considérée de nature privée. Sur la voie publique, marcher est devenue activité privée (on devra demander permission du passant pour publier sa photo), mais marcher pour manifester est activité publique. La division privé/public est devenue plus compliquée, plus floue, c'est sûr. Cependant, le journaliste québécois n'est-il pas précisément un professionnel de la détermination de ce qui relève, tantôt de l'intérêt public, tantôt de la sphère privée?

Le XXIe siècle voit se poursuivre l'évolution de ce qui relève du privé et de la liberté, d'une part; du public et du bien commun, d'autre part. Rappelons-nous que, dans un autre siècle déjà, presque personne n'a sourcillé lorsqu'il a été question de créer des iles de toutes pièces en plein milieu du fleuve Saint-Laurent pour l'Expo 67. Aujourd'hui, il faut admettre que nombre de grands projets doivent être démocratiquement débattus, et même codéfinis, avec les populations qui devront vivre avec, peu importe que les grands bâtisseurs soient des organisations publiques (ex.: établissement d'un casino) ou privées (ex.: extraction de gaz de schale). Sauf que, manifestement, on tâtonne encore beaucoup à savoir comment on réussit une telle codéfinition démocratique. Mais le XXIe siècle est encore jeune.

Aujourd'hui, le grand bâtisseur joue avec divers biens communs que des populations cherchent à se réapproprier. Il faut en intégrer la conscience.

Espérant ces remarques utiles,

Pierrot Péladeau

Je me mets à la place d’un entrepreneur, disons d’un grand bâtisseur. Le genre à ensemencer des condos sur des terres fraîchement dézonées ou à ériger des usines de…

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